le pont de la Vernadelle

Sur la route de Banne à St-Paul, le quartier de la Vernadelle tire son nom du verne (ou aulne), cet arbre qui recherche les lieux humides. La Vernadelle, c' est en effet le nom de ce petit ruisseau, à l' allure bien inoffensive, dont les eaux s' écoulent des Plaines vers le Grand-Thine. Et pourtant ce filet d' eau a donné bien du souci à nos ancêtres. Au début du 19 ème siècle, la route de Banne à St-Paul faisait partie du grand chemin des Vans à St-Ambroix passant par Banne, chemin qui vient en tête des préoccupations du Conseil Municipal puisqu 'il dessert le chef-lieu de la commune et le principal hameau, la paroisse du Travers, qui deviendra plus tard St-Paul-le-Jeune. Seulement voilà, il n'y a pas de pont sur le ruisseau de la Vernadelle et le Conseil Municipal est obligé de constater à plusieurs reprises, notamment après les pluies d' automne, "que le chemin, principalement dans cette partie, est impraticable, les eaux qui passent dans le ruisseau l' ayant fortement dégradé". Ce n' est qu'en 1810, sous le mandat du Maire Jean Tessier, qu 'il a été décidé de remédier à cette situation. Cela avait peut-être été envisagé avant, mais les registres antérieurs à cette date n' ont pas été retrouvés. Dans sa séance du 1 er juillet 1810, le Conseil se prononce pour la construction d' un"ponceau au quartier de la Vernadelle" financée par "les amendes et les taxes de remplacement" . Mais celles-ci sont insuffisantes ; on parvient cependant à réunir une somme de 68,57 francs provenant pour 41,93 francs de l' excédent du budget de 1810, pour 20,64 francs du dixième des patentes et pou 6 francs du produit des amendes. Et les travaux commencèrent. Avec la somme disponibles, on élève deux murs de part et d' autre du ruisseau, et les choses en restent là jusqu'en 1812. Dans la séance du 12 mai 1812, le Conseil constate que "les murs sont montés jusqu'à la voûte, mais que manque toujours la voûte, comblements et autres ouvrages". Il décide d'affecter l'excédent du budget de l'année, soit 90,28 francs, à la poursuite des travaux. Et comme on est au début de l'été, "attendu que le temps favorable se présente pour faire le susdit ouvrage" , le maire demande au sous-préfet l'autorisation d'affecter l'excédent du budget à la construction du pont. pont de la vernadelle Mais la réponse n'arrive que fin septembre, trop tard pour entreprendre les travaux, et la somme est réduite à 54,28 francs. Un an plus tard, dans sa réunion du 12 mai, le Conseil constate qu' "il n'y a point d'excédent" dans le budget de l'année en cours et que, d'autre part, "la somme de 54,28 francs n'est pas suffisante pour faire construire la voûte dudit ponceau" . Par contre, "il y a un fond disponible entre les mains du percepteur se portant à 269,99 francs" . Cette avait été réservée pour un procès que la commune a contre le Commissaire du Gouvernement, la veuve Vedel et ses enfants, à la suite de l'assassinat de Maurice Vedel. Comme "actuellement la veuve Vedel et les enfants ne sont dans l'intention de faire aucune poursuite à cet égard ainsi qu'ils l'ont dit et fait dire" , le Conseil "est d'avis qu'il soit pris sur cette somme celle de 187,72 francs pour parvenir à faire la voûte dudit ponceau". "Attendu le temps favorable qui se présente" , on écrit une nouvelle fois au sous-préfet, qui ne donne sa réponse que le 25 octobre ! Il n'y a plus qu'à attendre la belle saison. C'est finalement le 19 juillet 1814 que la construction de la voûte et du parapet est mise en adjudication. Se présente "François Aujoulas, propriétaire foncier du mas de Serre-Pialat" qui s'offre "de faire le tout moyennant le prix de 260 francs" . Puis "Sieur Antoine Pierre Bayle, propriétaire foncier du lieu de l'église, lequel a offert de faire lesdites réparations et constructions moyennant le prix et somme de 250 francs" . François Aujoulas propose alors 245 francs. Finalement, "les trois feux allumés s'étant éteints sans qu'une autre personne se soit présentée pour moins dire à l'offre dudit Aujoulas, nous maire, avons adjugé le bail audit François Aujoulas, lequel prix du bail sera payable ainsi convenu, savoir au commencement de l'ouvrage 100 francs, 50 francs à moitié ouvrage, et le restant qu'est 95 francs à la fin". Dans sa séance du 29 janvier 1815, le Conseil note que le pont est terminé mais reste inutilisable car "le comblement à faire des deux côtés exige des murs de soutènement en maçonnerie à chaux et sable d'une hauteur de six mètres dans certains endroits, travaux d'art qui ne peuvent s'exécuter par les mains des habitants" . En conséquence, il décide "qu'une somme de 100 francs soit imposée pour subvenir au paiement des journées de maçon et de la chaux employée à la construction des murs de soutènement" . Comme par la suite il n'est plus question du pont de la Vernadelle, on peut supposer que les travaux prévus ont été réalisés au cours de l'année 1815 et que le pont, enfin terminé, a pu être livré au trafic des charrettes. Ainsi, il a fallu près de cinq ans pour mener à bien la construction de ce modeste "ponceau", retard dû aux lenteurs de l'administration et au manque de liquidités de la commune. Pourtant, il n'a coûté que 423,57 francs ; à titre de comparaison, le salaire annuel du garde champêtre était de 400 francs en 1815. Mais il est vrai que la commune se dit constamment "dépourvue de ressources en comparaison de sa population et de son étendue" alors que "ses besoins sont multipliés et sans cesse renaissants".