transformations au 19ème siècle

textes de Christian Laganier et Gaston Paysan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

la place du Fort

autour de l'Église

le clocher a plus de 100 ans

 

 

 

 

 

 

Regardez la Place du Fort en été, les personnes âgées prennent le frais à l'ombre des platanes et des marronniers, ou suivent les évolutions des joueurs de boule. Les enfants jouent sur les bords de la fontaine, qui était avant 1956 le rendez vous des ménagères du quartier en quête d'eau potable, ou se poursuivaient autour du calvaire rénové en 1965. Le paysage familier que nous avons sous les yeux est le résultat d'une série de transformations qui se sont faites progressivement au cours des siècles.
A qui doit-on l'aspect actuel de la place ? Serait-ce au Maire Monteil dont il était dit: "depuis que la commune se trouve conduite par cet administrateur, elle a dans son sein plusieurs places qui lui manquaient et elle s'est embellie par une fontaine dont le besoin se faisait sentir depuis longtemps" . (1834) S'agit-il de la fontaine actuelle, qui proviendrait de la plate-forme d'entrée du château ?
Les délibérations du conseil municipal nous permettent d'imaginer quel était l'aspect de la place au début du 19ème siècle. Le calvaire n'existait pas, le premier a été inauguré en 1871. Il n'y avait pas non plus de platanes, ni de marronniers, mais seulement "deux vieux mûriers" . Les riverains n'hésitaient pas à utiliser l'emplacement situé devant leur maison "pour y faire du fumier ou entreposer des matériaux" . (1826)
La feuille des deux mûriers revenait, avant la Révolution, au Comte du Roure, Seigneur de Banne. C'est fort de cet usage qu'Henri Colomb, "négociant de la ville des Vans" et acquéreur des biens seigneuriaux (domaine des Lèbres et ruines du château) revendique en 1810 la propriété de la place et manifeste son intention d'y créer une plantation de mûriers. Mais le conseil Municipal ne l'entend pas de cette oreille :

...considérant que cette place, qui est entourée de maisons des côtés nord, midi et couchant, sert de passage non seulement à ces maisons mais encore qu'elle est traversée par le grand chemin allant des Vans à St Ambroix et par celui de l'église de Banne à toutes les maisons, et a toujours servi à loger tous les bestiaux et autres objets qui se vendent lors de la foire qui a lieu le 21 novembre, qu'elle sert encore à tous les jeux d'exercice tels que boules et autres, considérant que les plantations que le pétitionnaire demande à être autorisé d'y faire gêneraient ladite place et masqueraient les maisons qui l'entourent, considérant enfin que le pétitionnaire ne produit aucun titre qui prouve que M. Du Roure dont il est acquéreur en avait la propriété, le conseil est d'avis que ladite place reste dans l'état où elle est et qu'elle soit déclarée appartenant à la commune de même que les deux vieux mûriers
Ce texte a l'avantage de montrer l'animation qui règne sur la place, tour à tour lieu de rencontre, champ de foire, terrain de jeux.  Au début du 19ème siècle, on jouait déjà aux boules sur la place du Fort ! On sait par ailleurs qu'au 18ème siècle, c'est sur cette place, et en présence des habitants, que se réunissait le "Conseil Municipal" de l'époque.
Il ne manque plus que la fête votive. Mais au début du 19ème siècle, elle ne s'y tient pas, et pour cause ! "Chaque hameau avait des fêtes votives auxquelles, par dissipation et par amour propre, la jeunesse consacrait des sommes très considérables qu'elle se procurait souvent par des moyens illicites pratiqués envers les parents ; ces fêtes étaient marquées par des rixes quelques fois sanglantes qui, naissant entre les habitants des divers hameaux, entretenait la division dans la commune" . Ainsi le même M. Monteil " lui a rendu un très grand service en faisant disparaître ces fêtes, puisque aujourd'hui l'harmonie la plus parfaite règne parmi tous les hameaux réunis comme par un esprit de famille".
Avec ou sans fête votive, la place du Fort a vu grandir, vivre et se succéder de nombreuses générations de Bannards. Elle est, sans conteste, le lieu le plus animé de la commune, le carrefour le plus fréquenté. Ah! si les pierres et les arbres pouvaient parler pour nous raconter ce que la papier n'a pas conservé !

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Le quartier de l'église a connu, plus que d'autres, de profonds bouleversements. Un Bannard de 1800 qui reviendrait aujourd'hui ne la reconnaîtrait plus.
L'église elle-même avait un tout autre aspect. C'était une église romane dont les origines sont mal connues. S'agit-il du bâtiment déjà mentionné au 12ème siècle ou d'une construction plus récente ? Le conseil de fabrique, lors d'une réunion tenue en 1852, souligne que "l'église de Banne est une de ces petites églises de campagne, beaucoup plus large que longue, à voûtes extrêmement basses, bâtie depuis environ quatre siècles et demi pour une population de 400 à 500 âmes et à laquelle, il y a près de 200 ans, furent ajoutées deux chapelles latérales de la longueur de la nef principale" . S'il est exact, ce texte laisserait supposer que sa reconstruction a eu lieu vers 1400, et son agrandissement vers 1650.
Dans sa séance du 8 août 1852, le Conseil Municipal constate que "l'église est composée d'un chœur trop petit, d'une nef très étroite et peu élevée, et de deux nefs latérales, plus larges que la nef principale, dont les voûtes sont peu élevées, ce qui rend l'église peu aérée et par suite malsaine" . Cette église a ainsi la particularité d'être plus large que longue (environ 17m. de large sur 11m. de long).
On sait, par une description de 1675, que les toits étaient couverts de lauze et que la clocher était fait "d'une seule muraille percée de quatre fenêtres munies de quatre bonnes cloches" , un clocher à peigne tel qu'on peut en voir à Naves, St-Jean-de-Pourcharesse ou Montselgues. Le même texte indique que "le cimetière est devant l'église, fermé de bonnes murailles à chaux et sable" , il occupe dans une grande partie, sinon la totalité de la place actuelle. Il se trouve donc au milieu du village suivant cette tradition du Moyen-age qui voulait que les morts restent au milieu des vivants.
Après la Révolution, l'église est dans un triste état. Elle aurait, en effet, pendant cette période, été transformée en Temple de l'Être Suprême,  puis en atelier de production de salpêtre. Dans sa séance du 9 septembre 1810, le conseil municipal constate les dégâts: "le couvert de l'église, construit en ardoises, a besoin d'être repassé en entier, les vitres des fenêtres sont endommagées, la voûte de la sacristie menace d'une ruine prochaine".
Le presbytère n'a pas meilleure mine: "le couvert a besoin d'être réparé à cause de plusieurs gouttières, il manque des poutres et des soliveaux ; les fenêtres sont aussi en mauvais état, y manquent des boisages, ferrements, bandes et gonds, de même que des planches et soliveaux aux planchers. Le grenier à paille attenant au presbytère : au couvert, il manque des poutres, soliveaux et tuiles ; ainsi on ne peut y placer la paille et autres herbes pour la nourriture du cheval".
Le clocher a lui aussi besoin de réparations. "la barre de fer qui supporte la cloche (il n'en resterait donc plus qu'une) est ruinée et ne peut plus servir". Enfin, le Conseil Municipal constate : "l'état de délabrement dans lequel se trouve le clocher de l'église en partie découvert par les effets du tonnerre et dont la plus grande partie de la charpente est exposée à se pourrir".
Quand au cimetière, le mur d'enceinte n'a pas été entretenu : "il existe trois éboulements d'environ vingt six mètres de longueur et de deux mètres et demi de hauteur".
Mais les choses vont maintenant changer. La Révolution est terminée, la tentative de déchristianisation a échouée. Le retour de la monarchie s'accompagne d'une restauration religieuse à laquelle va s'employer Jacques-Joseph Monteil, des Avelas, Maire de 1815 à 1829.
Dès 1810, une première amélioration: "Le sieur Félix Nadal, aubergiste, du lieu de l'église de Banne, demande qu'il lui soit permis de bâtir et d'appuyer un mur (et probablement une maison) sur celui existant du cimetière du côté du nord, sur une longueur de 16m, au moyen de laquelle permission il offre, moyennant la somme de 30 francs, de relever et réparer tous les murs du côté nord dudit cimetière qui se sont entièrement éboulés".
Quelques années plus tard, il est question de "planter une croix de fer sur la place de l'église". Puis, en 1824, on note que, grâce au maire Monteil, "nos églises (il y en a une aussi au Travers) ont été réparées et embellies; il a fait disparaître les ruines de l'impiété". Puis le cimetière situé devant l'église est abandonné: "il n'y a plus eu d'inhumations depuis le 17 janvier 1833; la terre a été enlevée jusqu'au rocher depuis le mois d'août 1839". Le niveau du sol est ainsi abaissé d'un mètre environ, et l'accès de l'église de 65 à 75 cm pour le mettre au niveau de la place créée par la disparition du cimetière.
En 1847, le Conseil Municipal envisage de construire "une maison d'école". La place de l'Église lui paraît l'endroit idéal: "il existe entre l'église et la maison du Sieur Blisson, maréchal, des emplacements plus que suffisants pour la construction de la maison, lesquels faisaient partie de l'ancien cimetière". Projet heureusement abandonné.
Mais le Conseil Municipal a d'autres ambitions: "en raison de l'augmentation progressive de la population", il considère "qu'un agrandissement considérable de l'église est urgent", reprenant ainsi presque mot pour mot une ordonnance de l'Évêque de Viviers de 1845 qui prescrivait "un agrandissement de l'église, son enceinte étant insuffisante pour contenir la population de la paroisse". La construction de l'église actuelle va démarrer en 1859 et s'étaler sur de longues années, mais c'est une autre histoire ...  

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Les travaux de démolition et de reconstruction de l'église, plusieurs fois interrompus par manque d'argent, s'étalent de 1859 à 1867.
L'église terminée, il restait à la surmonter d'une flèche en rapport avec l'édifice. Or, selon une description de 1883, si "la façade actuelle rappelle celle des plus belles cathédrales (sic) , au milieu et en haut de cette façade émerge disgracieusement, au dessus de la plus haute galerie, la tour romane du clocher de la vieille église; elle y fait l'effet d'un pigeonnier que l'œil est étonné de découvrir à cet endroit. Cette tour naguère était surmontée d'une flèche en bois recouverte en ardoises, mais il a fallu la démolir, il y a cinq ans, parce qu'elle menaçait de tomber. Non seulement cette tour jure avec le style de l'église, mais elle menace de tomber". Conclusion: "Il y a donc utilité et urgence de la démolir et de construire à sa place un nouveau clocher. Il y a nécessité de le surmonter d'une belle flèche gothique attendu qu'en l'état actuel, l'église n'est qu'un édifice sans couronnement, un corps sans tête, un monument inachevé". Il y va en plus "de l'honneur de la paroisse et d'une commune importante comme Banne, ancienne ville sous Louis XIV, ancien chef lieu de canton sous la Première République".
Plans et devis sont dressés par l'architecte Beaussan, de Bourg-Saint-Andéol, ils s'élèvent à la somme de 18169,06 francs. Dans sa réunion du 7 octobre 1883, le conseil de fabrique déclare disposer de la somme de 7169,06 francs et adresse une demande de secours de 11000 francs au Conseil Municipal "afin qu'il lui vienne en aide conformément au décret du 30 décembre 1809, ou qu'il veuille du moins lui prêter son appui pour obtenir de l'État la susdite subvention" . Le conseil municipal, présidé par le Maire Ferdinand Brahic, approuve les plans et devis et "vu le manque absolu de ressources et la triste situation faite à la localité par le phylloxéra", décide de demander au gouvernement un secours de 6000 francs et au Crédit Foncier un prêt de 5000 francs. Quelques mois plus tard, un nouveau conseil municipal présidé par le Maire Perrussel, annule les précédentes délibérations et décide néanmoins "de revenir sur cette décision dès que les ressources budgétaires le permettront".
Finalement, l'adjudication des travaux a lieu le 20 février 1887. Quatre soumissionnaires, Gabriel, Maurin, Chazalette et Descours sont sur les rangs. Joseph Gabriel, de Cheyrès, ouvrier maçon domicilié aux Vans, s'est engagé devant témoins à faire la taille des pierres à cinquante centimes de moins que les autres tailleurs. "M. Descours s'offrit à faire la taille fine pour six francs le mètre carré superficiel, et le simple brochage pour trois francs. C'était donc à 5, 50F la taille fine et à 2,50 F le brochage que M. Gabriel devait effectuer ce travail. Il accepta le prix de 5,50 F pour la taille fine, mais pour le brochage, il commença à se plaindre, disant qu'à 2,50 F il n'y gagnerait pas sa vie. Il supplia et adjura ces Messieurs de la fabrique d'ajouter 0,50 F et d'aller jusqu'à 3,00 F. Cette première concession, qui fut évaluer à 16,55 F lui fut accordée" . Une convention est donc passée le même jour entre Garidel, le Curé Mollier, le Maire Bayle et Gadilhe, Président de la fabrique, Garidel s'engage à faire la taille des pierres aux prix fixés, à faire la pose au prix de 4,50 F par jour, à fournir et faire réparer les outils lui-même, à n'employer que des ouvriers du pays, à ne pas interrompre le travail sans l'autorisation de la fabrique. De son côté, le conseil de fabrique devra fournir au fur et à mesure des besoins les bois, engins et câbles nécessaires pour la pose, et "se réserve de pouvoir suspendre les travaux en cas de manque de ressources et d'autres circonstances imprévues, sans être tenu d'indemniser pour ce fait le sieur Garidel" . Et la convention ajoute: "Le prix-fait de la taille et de la pose est fait pour la tour du clocher seulement, mais si comme on l'espère, on est content de lui, la pose et la taille de la flèche lui seront accordées".
La construction de la tour est achevée en 1888. L'entreprise Henri Rivière de Branoux, près de La-Grand-Combe, est chargée de mettre en place le beffroi et les abat-son. Cette même année 1888, les cloches sont bénies par Monseigneur Bonnet, Évêque de Viviers. Elles sont au nombre de quatre: la plus grosse (850kgs) a été fondue par les frères Boudon de Marseille, les trois autres ont été fondues ou refondues en 1888 par la Maison Paccard d'Annecy. Leur bénédiction donne lieu à une cérémonie imposante le 22 juillet 1888 :

...devant la grande porte de l'église où les cloches étaient suspendues, richement parées, sous un arc de triomphe relié à l'église par des oriflammes et des guirlandes, et cela au milieu d'une foule immense accourue de toute la paroisse et des environs, et massée, non seulement sur la place, mais aussi aux fenêtres et balcons des maisons environnantes, sur les galeries de l'église et jusqu'au haut de la fontaine. La cérémonie s' est terminée par le cantique des cloches, composée pour la circonstance, et sur le ton des cloches (fa-la-do-fa) qu'au refrain on faisait carillonner. Le soir, la fête a été brillamment clôturée par l'illumination traditionnelle à Banne.

 Restait à construire la flèche. Garidel n' a-t-il pas donné satisfaction au conseil de fabrique ? En tous cas, les travaux de taille et de pose des pierres sont confiées à Maurin Père & Fils, de Berrias. Simon Colenson, de Banne est chargé de l'extraction et de l'équarrissage des pierres de grès tirées des quatre carrières, trois situées aux environ du quartier de l' église, la quatrième à Montredon, près de Montgros. La construction va s'étaler de 1889 à 1892.
Finalement, fin 1892-début 1893, la croix est mise en place. D'un poids de 85 kgs, elle a été forgée par Louis Roux, maréchal-ferrant, dans son atelier de l'église, et hissée au sommet de la flèche par Eugène Pagès de La Mathe. Sa pose marque la fin de la construction du clocher qui a duré ainsi près de six ans.
Depuis 1839, date de déplacement du cimetière, le quartier a connu un chantier quasi permanent. Il a donc fallu à nos ancêtres près d'un demi siècle pour donner à ce lieu la physionomie que nous lui connaissons aujourd'hui.  

 

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