LES MINEURS-PAYSANS DE BANNE

MYTHE OU RÉALITÉ

(après 1876)

On a souvent considéré les mineurs de Banne par rapport à ceux des Houillères du Gard, comme des ouvriers différents. Les mineurs du Gard auraient été des mineurs à temps plein, de véritables prolétaires, alors que ceux de Banne auraient été des « demi-mineurs » réactionnaires plus agriculteurs que mineurs.
Nous allons voir qu’il faut nuancer cette affirmation.

L’agriculture à Banne  :

Au point de vue physique, on distingue :

une zone riche alluviale située dans la plaine de Jalès où une culture intensive peut être pratiquée avec les hameaux de La Lauze et de Cheyrès. On peut y ajouter la zone alluvionnaire, le long de la rivière La Ganière avec les mas de la Boudène et de la Blacherette. C’est le « pays gras ».

une zone accidentée en sol acide, pauvre, située dans le bassin houiller où seule une culture en terrasse ou accol est possible, dont les hameaux les plus importants sont Pigère, Le Mazel, Garde Giral, L’Oulme et Sallefermouse. C’est le « pays maigre ».

Au point de vue production, la richesse de Banne était basée essentiellement sur : la soie, le vin et les châtaignes.

« Chaque année, en sus de la consommation locale, 7 000 hectolitres de vin et 2 500 hectolitres de châtaignes sèches étaient récoltés à Banne. Par contre, il manquait annuellement 4 500 hectolitres de blé » (selon un rapport du conseil municipal de Banne du 15 décembre 1861).

Mais dans les années 1870, les principales richesses agricoles de Banne eurent à subir plusieurs attaques :

La soie :

La sériciculture fut presque anéantie par une maladie du ver à soie : la pébrine, apparue en Ardèche vers 1850. Malgré les travaux de Pasteur à Alais qui réussirent à enrayer cette maladie vers 1870, l’élevage du ver à soie fut à nouveau atteint en 1869 par l’entrée massive de soie d’Extrême-Orient favorisée par l’ouverture du canal de Suez. Le prix du kg de cocons baissa fortement : de 7 Fr. le kg avant 1870, il passa à 4 Fr. en 1880 pour tomber à 2,87 Fr. à la fin du siècle (Pierre Bozon, La vie en Vivarais).

La vigne :

Le Phylloxéra (maladie de la vigne due à un puceron) apparue en Ardèche vers 1870, atteignit toute la Cévenne en 1877. Tout le vignoble de Banne fut détruit.
Albin Mazon nous apporte un témoignage sur l’état du vignoble de Banne à la fin du XIXème siècle.
Tout d’abord dans «  Le voyage dans le midi de l’Ardèche » paru en 1884 :
« C’était bien plus merveilleux autrefois quand un cep de vigne s’élançait superbe et chargé de raisins de chacun de ces vases naturels remplis de la terre grasse que forme le calcaire décomposé. C’est de là que venait ce fameux vin de Banne si justement renommé. Mais après l’invasion du Phylloxéra, au lieu de raisins, il ne vient que du buis, des ronces, des fouterlo (aristoloches) ou des tithymales » . (Les aristoloches et les tithymales sont des plantes vivaces qui poussent dans certaines vignes et qui donnent au vin une saveur et une odeur désagréable).

Puis dans «  Les muletiers du Vivarais » paru en 1892 :
« Adieu paniers, les vendanges sont faites. L’Oïdium et le Phylloxéra ont détruit en quelques années une des principales richesses du Vivarais, la première après la soie (quand la soie indigène n’avait pas encore à soutenir la concurrence de la Chine et du Japon)… Après avoir fait pendant des siècles les délices des palais ces fameux vins de Banne, de Paysac, de Balbiac et d’ailleurs, si rutilants, si corsés, d’un fumet si fin et d’une couleur de feu qu’on aurait dit du soleil mis en bouteille, ne sont plus qu’un souvenir cher aux gourmets au moins sexagénaires. »

La culture de la Châtaigne :

L’apparition vers 1875 d’une maladie du châtaignier (l’Encre) entraîna une destruction massive des châtaigniers à Banne où les sols gréseux favorisaient le développement du champignon. A cela s’ajouta l’abattage de nombreux arbres pour alimenter l’usine à tanin de Joyeuse, construite au début du XXème siècle. Enfin, les châtaigneraies rescapées furent peu à peu envahies et étouffées par les pins maritimes introduits vers 1865 par les Compagnies Houillères, pour réaliser des étais dans les galeries des mines.
En résumé, l’agriculture à Banne n’était plus, à la fin du XIXème siècle ce qu’elle avait été. Elle était devenue sinistrée.

L’industrie Houillère à Banne à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle

Après une période de déclin due à l’épuisement des mines de la Combe dans la concession de Pigère-Mazel et à l’absence de moyens d’évacuation du charbon, on assista, après 1876, au renouveau des mines de charbon de Banne grâce à la réalisation de la ligne de chemin de fer PLM Robiac-Le Teil qui permit le transport de la houille vers de grands centres de consommation. La concession de Montgros et surtout la concession de Sallefermouse jusque là peu exploitée (une seule galerie à Combelongue était en activité) allaient connaître une grande expansion.
La concession de Montgros concédée en 1836 fut achetée le 2 mai 1876 par des notables locaux : le maire de Chambonas, Georges Odilon Barrot et Félix Vaschalde, propriétaire aux Vans, auxquels s’ajoutèrent le 22 décembre 1876 des négociants, Louis Brunet et François Clément des Vans ; Justin et Henri Bosc de Nîmes, et Léon Vaschalde de Barjac ; un industriel textile des Ollières, Edouard Fougeirol et 2 industriels miniers, Joseph Vaschalde, propriétaire des mines de plomb et de cuivre de Sablières et Jules Calas, ingénieur civil, ancien directeur des mines de Trélys dans le Gard. Ces nouveaux concessionnaires créèrent la Société Anonyme des mines de Houille de Montgros. Après la construction d’un petit chemin de fer minier, l’exploitation fut entreprise à l’ouest de la concession par le creusement des galeries de la Crouzille et de la galerie Saint Joseph et par le fonçage du puits Saint Maxime. Commencés en 1877, les travaux cessèrent fin 1883 à la suite de difficultés financières dues à l’absence de gisement valable (15 000 tonnes de charbon gras furent extraites durant cette période).

Les concessions de Sallefermouse et de Pigère-Mazel, concédées en 1822 appartenaient depuis 1839 à une même société : la Compagnie Houillère de Banne. Elles changèrent partiellement de propriétaires le 31 janvier 1877 : les familles De Larque et Colomb gardèrent leur part de concession, les familles Pagès et Gadilhe furent remplacées par Adrien Pellet, un négociant nîmois, par Edouard Fougeirol des Ollières-sur-Eyrieux, un industriel textile et surtout par 2 entrepreneurs de travaux publics : un nîmois, Jean Charrier et un Saint-Paulien, Félix Noémie Faïsse.

Ces deux derniers étaient certainement très intéressés pour participer aux travaux de la nouvelle et importante infrastructure minière à créer dans la concession de Sallefermouse, à savoir :
Le creusement de nombreuses galeries, le fonçage de puits et de fendues nécessitant au jour la construction de bâtiments en pierre à l’architecture particulièrement soignée (chevalement, bâtiment de la machine d’extraction, bassin).

La création d’un carreau de mine avec lampisterie, atelier, bureaux, bascule, poudrière, écurie et atelier de préparation du charbon (triage et lavage).
L’établissement d’une voie ferrée minière à petites dimensions avec plans inclinés pour le franchissement de dénivellations importantes.
Enfin et surtout, la construction du viaduc du Doulovy aux 24 arches pour une longueur de 235 m (vérifiée au décamètre) et une hauteur maximale de 35 m. Véritable joyau minier, il n’a pas d’équivalent dans tout le bassin houiller des Cévennes.

Un emprunt de 200 000 francs fut émis et investi dans les nombreux travaux qui furent réalisés dans la concession de Sallefermouse jusqu’en 1904 environ.

Or, durant cette période, les entreprises minières gardoises qui appartenaient le plus souvent à des industriels étrangers à la région furent plus discrètes en travaux d’investissement. « Entre 1896 et 1914 les compagnies minières gardoises recherchèrent prioritairement la compression du prix de revient et la hausse du profit, plutôt que l’augmentation de la production… Dans le Gard, à la veille de 1914, la mécanisation n’est guère ébauchée » (Fabrice Sugier, Mineur des Cévennes tome 1 p.44 et p.30).

Toutefois la Compagnie Houillère de Banne n’était pas la seule compagnie à appartenir à des notables régionaux. La 2 ème Compagnie du bassin houiller des Cévennes par son importance, la Compagnie Houillère de Robiac, devenue ensuite Compagnie Houillère de Bessèges était aussi la propriété de financiers locaux :

Illide Veau de Robiac, officier en disponibilité habitant le château de Robiac, Gard.
François Silhol père, bourgeois domicilié à Saint-Ambroix, Gard.
Emile Silhol fils, résidant à Alais, Gard.
Illide Escalier de Lassagne, juge au tribunal d’Alais.

Ces attributaires prirent comme directeur un cévenol bon teint, Ferdinand Chalmeton, natif de Saint-Ambroix et issu d’une famille bourgeoise ardéchoise originaire des Vans. Il avait fait des études à l’École des Mines de Saint-Etienne et fut de plus le créateur de la ville de Bessèges.

Le nombre de mineurs habitant la commune de Banne passa de 18 en 1876 à 104 en 1881.
Des ouvriers agricoles et des petits paysans bannards ruinés qui vivaient jusque là de l’exploitation d’une petite propriété devinrent mineurs ; le travail à la mine leur apportait l’argent frais que ne pouvait plus leur donner la sériciculture ou la vigne.
Il y eut aussi une arrivée de ménages d’ouvriers étrangers à la commune employés aux mines de charbon qui vinrent s’installer à Banne. Ils ne possédaient donc pas de terres agricoles. Cette augmentation de population intéressait non seulement les deux hameaux du chef-lieu (le Fort et l’Église), mais aussi les hameaux situés près de l’exploitation minière en pays que j’ai qualifié de « maigre » où la terre acide ne permettait pas une culture à fort rendement : Le Mazel – Montgros – Pigère – Garde Giral – L’Oulme ou l’Oume ou l’Orme (en français) – Sallefermouse – La Vernède – Le Coucourdier.
C’est ainsi que le 3 août 1879, le conseil municipal de Banne demanda l’autorisation de création à Pigère d’une école mixte pouvant accueillir une trentaine d’élèves environ. L’autorisation fut accordée le 17 décembre 1879 par décision du ministre de l’Instruction Publique. Elle fut installée au premier étage de l’ancien Mas de L’Oulme, le point le plus central. Mais devant la vétusté de la salle de classe et du logement de l’institutrice, une nouvelle école fut construite et inaugurée en 1911. Elle fonctionna jusqu’en 1959. Créée grâce au développement des mines et recevant d’importants avantages de la Compagnie Houillère (100 francs annuels, le loyer, le chauffage et une bonne partie du mobilier), elle ne perdura que quelques années après la fermeture définitive des mines de charbon de Banne qui eut lieu en 1950.
Le 1 er mars 1909 les concessions de Pigère-Mazel et de Sallefermouse furent achetées par la Société Houillère du Nord d’Alais, qui avait été créée en 1900 pour exploiter le gisement de houille de la concession de Saint-Martin de Valgagues (Gard). Cette vente amena un changement parmi la direction des mines de Banne, les nouveaux propriétaires furent désormais des « étrangers au pays » originaires du nord de la France.
Le charbon extrait par la Société Houillère du Nord d’Alais par des puits de Saint-Martin N°1 et N°1 bis était un charbon maigre pauvre en matières volatiles. Aussi cette société avait été intéressée par le charbon gras, riche en matières volatiles de Banne. L’apport de ce charbon était nécessaire au bon fonctionnement des houillères de Saint-Martin.
Ainsi, en 1920, alors que les gisements des Cros et de Combelongue dans la concession de Sallefermouse étaient presque épuisés, l’ingénieur des mines Esneau indiquait, dans un rapport, « plutôt que vendre les concessions ardéchoises, il était préférable d’investir de l’argent (680 000 francs de dépenses totales avaient été prévues) pour l’achèvement du chemin de fer minier du Doulovy dans sa partie nord afin de désenclaver et développer la concession de Pigère-Mazel ». La Société Houillère du Nord d’Alais aurait été obligée d’acheter du charbon gras vapeur à d’autres compagnies à un prix de revient double du charbon de Banne. La réalisation de ces travaux permit de maintenir l’exploitation jusqu’en 1935.

La comparaison des chiffres d’exploitation à Saint-Martin et à Banne montre que l’apport des mines de l’Ardèche à la Société Houillère du Nord d’Alais n’était pas négligeable. En 1913, pour un effectif de 560 mineurs, la production de charbon était de 34 589 tonnes à Saint-Martin ( Mineurs des Cévennes tome 1 p.29 et p.33). Elle était supérieure à 16 000 tonnes pour 215 mineurs à Banne.

En résumé, nous avions à Banne, après 1876, une production agricole fortement diminuée et une industrie minière en pleine progression.

Il existait dans la commune plusieurs catégories de travailleurs :

Les cultivateurs :
C’étaient les possesseurs de terres agricoles les plus importantes et les plus riches. Ils vivaient du revenu de la terre et résidaient près de la plaine de Jalès dans les hameaux de La Lauze et de Cheyrès ou dans la zone alluvionnaire de la vallée de la Ganière dans les mas de la Boudène et de la Blacherette.

Les mineurs:
Ils habitaient le plus fréquemment dans les 2 hameaux du chef-lieu (le Fort et l’Église) ou dans ceux situés près de l’exploitation minière dans le « pays maigre ». Certains possédaient une petite propriété familiale qu’ils cultivaient souvent avec l’aide de leur femme. Mais ils vivaient surtout du salaire de la mine, la terre leur procurant un supplément pour leur usage familial seulement.

L’adage « femme de mineur, femme de seigneur » avait cours aussi à Banne.

Suivant le recensement des mineurs habitant la commune de Banne en 1881, la moitié (50) résidait dans les hameaux près des exploitations minières, un quart habitait le chef-lieu (27) et un quart les autres hameaux (27), cependant, aucun n’habitait les quartiers de La Lauze et de Cheyrès.
En 1911, un autre recensement signale que les 2 tiers des mineurs (59) résidaient dans les hameaux près des exploitations et l’autre tiers, dans les autres quartiers (29, dont 21 au chef-lieu). Il n’y avait pas de mineur habitant La Lauze (Christian Laganier « Mines et mineurs de Banne au début du XXème siècle » Mémoire d’Ardèche et Temps Présent 1986).
Il faut préciser que le métier de mineur n’était pas un travail comme les autres. C’était une profession particulière, pénible et dangereuse. Même dans les petites mines, le mineur devait être un véritable technicien avec une conscience professionnelle et un savoir faire, car de son action pouvait dépendre la vie de ses camarades. Il était impossible de ne pas respecter la notion de groupe d’autant plus que le paiement à l’abattage nécessitant de véritables équipes soudées (mineur qui abattait le charbon, traîneur qui l’évacuait) obligeait autant que possible une présence régulière du personnel. Il était aussi dangereux d’arrêter durant plusieurs jours les travaux à l’intérieur d’une galerie. En outre, il était certainement plus avantageux au mineur de vendanger ou de ramasser des châtaignes lors de ses jours de repos pour éviter une perte de salaire et surtout pour continuer à bénéficier des allocations qui auraient été supprimées en cas d’absence non justifiée.

Une étude sur « Les Anciennes Mines de Banne », parue dans les années 1970 dans «  le Mineur Cévenol » et comportant le témoignage de M. Chamboredon René de Saint-Paul-le-Jeune qui fut comptable à partir de 1905 à la Compagnie Houillère de Banne, indique un effectif de 220 mineurs et ne signale pas une fluctuation chez le personnel suivant les saisons et les récoltes. Si elle existait, elle devait être faible, car M. Chamboredon ne l’a pas relevée.
Ainsi, le mineur de Banne, bien qu’issu d’un milieu agricole, semble avoir privilégié le travail à la mine qui lui assurait un salaire et une protection sociale (retraite, soins), à un travail agricole devenu peu rémunérateur. (La loi du 29 juin 1894 rendait obligatoire les caisses de retraite et de secours).
Mais quoique travaillant pour certains une petite propriété, après des journées de travail de 10 heures au fond de la mine, 6 jours sur 7 (en ajoutant 1 à 2 heures supplémentaires aux ouvriers des villages des alentours qui venaient travailler à pied à la mine), il était normal que les mineurs puissent aussi se reposer et se détendre en jouant aux cartes ou aux boules dans les nombreux cafés du chef-lieu, mais aussi dans les 5 cafés que possédaient les hameaux près des installations minières :

Café/boulangerie du pont de Pigère,

Café/maison Gibert à Pigère,

Café/hôtellerie/maison Vedel (actuellement en ruine), en face le café Gibert,

Café du mas de l’Oulme, et enfin

Café/épicerie Latour (mas du Souquet) à Sallefermouse, dans la maison située entre le mas de l’Air et l’Ancien mas Raybaud, actuellement en rénovation.

Les rapports envoyés au préfet, lors des grèves, qui étaient surtout destinés à rassurer les autorités, indiquaient que les mineurs disposaient de leur temps libre en travaillant leur petite propriété, or l’enquête parlementaire du député et maire des Vans Duclaux-Monteil, précisait qu’ils dissipaient leur salaire dans les cabarets. Ces deux affirmations semblent se contredire au premier abord, mais en fait, elles se complètent ; toutes les 2 étant certainement exactes.
Des cultivateurs qui possédaient une petite ou moyenne propriété en « pays maigre » et qui travaillaient de temps en temps à la mine pour arrondir leur fin de mois dans des emplois subalternes, de manœuvre, et au jour.
Ils étaient recensés comme cultivateurs et non comme mineurs.
Ainsi Ferdinand Fabre, résidant au Belvézet travaillait un jardin, une petite vigne de 48 ares plantée de Clinton et de Couderc, faisait sécher des châtaignes, élevait un petit troupeau de chèvres et comme cela ne lui suffisait pas pour vivre, exerçait la profession de tonnelier. Il effectuait aussi par intermittence lorsque son travail agricole le lui permettait, quelques travaux de manœuvre, au jour, pour la Société Minière.
La situation de mineur ayant une autre activité n’était pas une spécificité liée aux mines de Banne. On la retrouve aussi dans les mines de charbon du Gard.
Ainsi, les mineurs habitant Courry, Chavagnac, Castillon, les Combes pour les Houillères de Gagnières ; Bordezac, Aujac, Peyremale pour les Houillères de Bessèges ; Revéty, Robiac pour les mines de Rochessadoule ; Tarabias, Dieusse, Le Chambon, Chamborigaud, La Tavernole pour les Houillères de La Vernarède et enfin Sainte Cécile d’Andorge, Branoux, le Collet de Dèze pour les houillères de la Grand’Combe possédaient et cultivaient aussi une petite propriété rurale.
Parmi les mineurs qui habitaient les villes nouvellement créées, comme La Grand’Combe ou Bessèges, nombreux étaient ceux qui avaient un jardin. La riche plaine alluviale de la Cèze à Bessèges, de Conroc aux Drouilhèdes, en passant par la Plaine était cultivée par des ouvriers mineurs ou métallurgistes.
Il ne faut pas non plus oublier dans les villes, les mineurs qui exerçaient aussi souvent avec l’aide de leur femme une activité artisanale : cafetier, épicier, cordonnier, photographe, menuisier, coiffeur. Étant né à Bessèges, je me souviens du coiffeur de mon enfance au quartier de la Plaine, M. Fossat qui après sa journée à la mine exerçait ses talents de coiffeur, aidé par son épouse qui faisait la barbe.

Le mouvement ouvrier dans les mines du Gard et de l’Ardèche

Le mineur de Banne était-il un « blanc réactionnaire » à l’opposé de son camarade gardois qui aurait été un « rouge prolétarien » ?
Nous allons essayer de répondre à cette question en comparant les divers conflits qui se déroulèrent à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle à Banne et dans le Gard. Nous nous servirons des excellentes études d’Andrée Manas («  Les Mines de charbon de Banne » Christian Tardieu p.99 et 100 édité par les Amis de Banne) et de Michel Appourchaux ( La Viste N°14 p.17 à 27) pour les grèves dans les mines de Banne et des ouvrages de Fabrice Sugier («  Mineurs des Cévennes » tome 1 et 2 Espace Sud Edition) pour les grèves dans les mines du Gard.
Grève de 1881
100 ouvriers parmi les mineurs de Banne cessèrent le travail pour une revendication salariale. (Andrée Manas). Le nombre exact d’ouvriers aux mines de Banne à ce moment-là n’est pas connu, mais 104 habitaient la commune.
En décembre une grève se déclencha à la Grand’Combe puis elle s’étendit à Bessèges pour une hausse salariale. Ce fut une des premières grèves dans les mines du Gard.
Grève revendicatrice de 1890
Du 16 au 22 mai 1890 se déroula une grève aux mines de charbon de Banne pour une augmentation de salaire. Les mineurs n’obtinrent cependant pas satisfaction.
Le 1 er mai 1890, une grève éclata dans les Houillères du Gard et atteignit peu à peu presque tous les lieux de production. Mais les 5000 mineurs de la Grand’Combe ne participèrent pas au conflit. La revendication des mineurs était aussi des revendications salariales. Le 29 mai, la rentrée fut générale sans que les ouvriers aient obtenu satisfaction.
Grèves défensives de 1895 à1898
Du 5 au 21 juillet 1895, les mineurs de Banne arrêtèrent le travail par crainte de diminution des salaires et pour obtenir le renvoi du directeur de la Compagnie Houillère de Banne M. Peyre. Obtinrent-ils satisfaction ? En 1897, le directeur était M. Rostan Antoine. Le 16 novembre 1898, grève d’une journée pour une décision de la direction des Houillères de Banne qui voulait augmenter d’une demi-heure la journée de travail.
En octobre et novembre 1896, de nombreuses grèves éclatèrent dans les Houillères du Gard pour protester contre une menace de diminution de salaire et des licenciements. Il en fut de même l’année suivante durant les mois d’avril et de juin.

Grève nationale de 1902
Il n’y eut pas de grévistes aux mines de Banne.
Dans les Houillères du Gard : les mineurs de Rochessadoule, mais aussi les mineurs de la Grand’Combe quadrillée par l’armée comme en 1890 ne participèrent pas à la grève.

Grève de 1914
Les mineurs de Banne et du Gard firent grève du 24 février au 3 mars (en hiver quand les besoins en charbon étaient plus importants) pour la création d’une caisse autonome de retraite et l’unification des retraites. La date de cette grève avait été fixée lors du Congrès national de Lens tenu du 27 au 31 janvier. Un délégué de la chambre syndicale des ouvriers mineurs de Banne, y avait assisté. Une subvention de 25 francs avait été votée à l’unanimité par le Conseil Municipal de Banne pour aider à payer les frais d’envoi de ce délégué au Congrès de Lens, considérant qu’il était équitable d’aider pécuniairement les nombreux contribuables qui étaient des salariés aux mines de Banne, dans la revendication de retraites convenables. Cette subvention fut mandatée au nom de M. Bayle Charles, président de l’organisation ouvrière ci-dessus désignée.

Grève de 1917
De nombreuses grèves éclatèrent durant le printemps 1917 (mai-juin) dans le Gard, mais aussi à Banne pour protester contre l’inflation et demander une augmentation de salaire. Entre 1913 et 1917 l’augmentation du coût de la vie avait été de 200 %. Ces grèves eurent pour conséquence le 25 juin 1917 la rédaction de la première convention collective signée dans le Gard entre patrons des compagnies et syndicats. La mine de Banne, quoique en Ardèche, appartenant à la Société Houillère du Nord d’Alais était comprise dans cette convention (voir le procès-verbal de la réunion tenue à la sous-préfecture d’Alais ce jour-là).

Grèves de 1918
Grève d’un jour le 27 mai à Banne. Grève du 21 au 28 mai dans le Gard.
Grève déclenchée contre la Guerre.

Grève de 1919
Les mineurs du Gard et de l’Ardèche firent grève du 16 juin au 11 juillet pour une augmentation de salaire.

Grève de 1920
Les mineurs de Banne ainsi que ceux du Gard firent grève du 4 au 26 mai.
Elle était dirigée contre les Compagnies et l’Etat. Elle fut marquée par de nombreux incidents avec les non-grévistes : les « jaunes ».
Grève à caractère politique : « la mine aux mineurs ».

Grève de 1923
Grève pour les salaires du 19 au 23 février et du 15 au 20 novembre à Banne et dans le Gard à Gagnières.

Les mineurs des Houillères de Banne participèrent donc, comme ceux des Houillères du Gard aux divers conflits qui éclatèrent à la fin du XIXème et au début du XXème siècle pour la défense de leurs droits, l’amélioration de leur condition de travail et la progression de leur salaire et de leur retraite. Une conscience ouvrière existait donc bien, dès la fin du XIXème siècle une section syndicale très tôt adhérente à la CGT. Elle réunissait en 1914, 59 adhérents sur les 203 ouvriers présents sur le chantier soit près de 30 % ce qui était important si on fait la comparaison avec le Gard Voisin (2 % à Bessèges, aucun à la Grand’Combe) d’après Michel Appourchaux (La Viste N°14)

En conclusion, nous constatons qu’il y eut une grande similitude entre les mineurs de Banne et ceux des Houillères du Gard.

Aussi, je pense qu’il ne faille pas dissocier les mineurs de l’Ardèche de ceux du Gard. Ils furent les uns et les autres des travailleurs d’un même bassin houiller, le Bassin d’Alais et d’une même région, la Cévenne et ces « mineurs-paysans », ces « mineurs-jardiniers », ou ces « mineurs-artisans », tant ardéchois que gardois ne faisaient en fait qu’appartenir à une même famille : celle des MINEURS CÉVENOLS.

Enfin, pour illustrer le lien existant entre les mineurs du Gard et ceux de Banne, il est intéressant d’étudier le parcours professionnel de Benjamin Anselme Perrier grâce à son livret d’ouvrier :
Né à la Borie, près du hameau de Malbosquet, commune de Malbosc Ardèche, le 26 février 1880, il fut d’abord :

NB : les mines de charbon des concessions de Pigère-Mazel, de Sallefermouse et de Montgros, les seules qui aient été en activité, étaient toutes situées dans la commune de Banne, seule la concession du Doulovy qui ne fut pas exploitée se trouvait dans la commune de Saint-Paul-le-Jeune.


Christian TARDIEU