origine de la houille

 

" Pourquoi a-t-on trouvé du charbon à Banne et pas aux environs ? "
Essayons de répondre. Mais choisir dans l'accumulation des théories et dresser en quelques lignes les décors changeant du théâtre géologique de notre région est une entreprise quelque peu téméraire. Surtout si l'on abandonne le langage des spécialistes pour employer celui de tous les jours et être accessible à tous.
La Terre serait née d'une agglomération de la matière puis d'une fusion, il y a presque cinq milliards d'années. C'est une durée fantastique qu'il nous est difficile de nous représenter. On peut essayer de se la figurer par la comparaison sur une année. Sur 365 jours, le temps historique que nous comptons depuis la mort du Christ ne représente alors approximativement que les douze coups de minuit de la dernière journée de l'année.
Notre planète a commencé à se refroidir bien longtemps après sa naissance. Une croûte solide s'est peu à peu formée et resserrée autour d'un manteau minéral et d'une masse visqueuse épaisse reposant elle-même sur un noyau central toujours en fusion. Au cours de sa solidification, la contraction de cette croûte a créé des étirements, des ruptures, des déformations, des soulèvements, des éruptions volcaniques (qui durent toujours) et nous explique le relief terrestre. Mais elle s'est aussi fracturée profondément en plaques continentales gigantesques que des courants extrêmements lents, provoqués par l'énergie calorique dans la couche interne, brûlante et instable (la lave), déplacent et entraînent au hasard. Ces plaques peuvent se heurter, glisser latéralement, ou même se chevaucher. Ainsi celle de l'Afrique qui s'engage insensiblement sous celle de l'Europe et fera peut-être, dans l'avenir, disparaître le Bassin Méditerranéen.
En géologie aussi, tout apparaît et meurt pour être remplacé. La structure de notre planète s'est faite de continuels et profonds bouleversements. Des pans entiers sont retournés aux abîmes. De gigantesques sommets, jaillis des profondeurs, ont été burinés, effacés au cours de ces milliards d'années par les éléments naturels que sont le soleil, le froid, les vents, les pluies et les eaux ruisselantes. Le sol qui nous supporte (et que le Temps modifiera) est donc un puzzle brisé fait d'empilements sédimentaires, de montées volcaniques, d'immersions et de réapparitions, dans lequel la chimie des profondeurs a créé des matériaux nouveaux. Voici cinq à six cent millions d'années, au moment où sont apparus les premières manifestations de la vie terrestre, notre région était sous la mer, et constituée de dépôts qui formaient une épaisseur de plusieurs milliers de mètres provenant sans doute de l'érosion d'un ancien continent situé à l'emplacement de l'actuel Massif Central. Il y a quatre cents millions d' années, une chaîne de montagne émergea au nord de l'Europe. Cinquante millions d'années plus tard, une nouvelle chaîne surgit au sud de la précédente. Elle courait de la Bretagne jusqu'au midi du Massif Central, puis repartait vers les Vosges et la Forêt Noire. Dans le pays Cévenol ainsi soulevé, les bouleversements, les remontées de magma brûlant venues des profondeurs, les compressions énormes des sédiments, la dissolution des minéraux, la cristallisation de certains dépôts préparèrent une abondante variété de roches qui allait faire de notre région, du point de vue géologique, une des plus riches de France.
Ce décor accidenté, au relief important, coupé vers l'est de lacs et de nombreuses et vastes dépressions lagunaires, connut alors un climat équatorial, chaud et humide. Ce climat, qui changea plus tard par suite d'un déplacement de l'axe terrestre, favorisa le développement d'exubérantes et vigoureuses forêts. Leurs arbres gigantesques et une végétation abondante fournirent, dans les 10 à 15 millions d'années qui suivirent, des quantités énormes de débris végétaux. Bois, écorces, feuilles, fougères arborescentes, prêles et roseaux géants... et les premiers conifères qui apparurent à la fin du Carbonifère, s'accumulèrent. Leurs couches furent soumises aux mêmes bouleversements que nous avons vus, à la même continuelle érosion qui les ensevelit sous les eaux et les alluvions de cailloux, de graviers, de sables et de boue. Chaque fois détruites et chaque fois renaissantes, les forêts disparurent sous les couches minérales qui s'empilaient (et sur lesquelles réapparaissait une nouvelle végétation) tandis que la fantastique alchimie des profondeurs préparait ce charbon qui est notre préoccupation. Une formidable épaisseur de sédiments s'est ainsi entassée dans notre région, enfermant environ 120 couches de houille variant de 15 mètres d'épaisseur à 30 centimètres, et parfois même moins. Ce gisement carbonifère constitue le bassin houiller d'Alès-La Grand'Combe, dont Banne est le prolongement septentrional. Il s'étend du Nord au Sud sur une trentaine de kilomètres et de Ste-Cécile-d'Andorge à St-Ambroix sur quinze kilomètre d'Est en Ouest. Un promontoire schisteux sépare cependant ce bassin: la montagne de Rouvergue entre La Grand'Combe et Le Martinet.
Puis les éléments ont continué leur infernal travail. Les millions d'années qui ont suivi ont vu et revu les mouvements colossaux qui faisaient et défaisaient les montagnes (comme le décrochement qui releva de 900 mètres le Mont Lozère) ou fracturaient notre région, comme la faille transversale qui court de Villefort aux Vans et guide le cours du Chassezac. Les sommets orgueilleux sont désagrégés à nouveau, ont laissé rouler aux abîmes leurs cailloux, leurs graviers et leurs sables. Les souvenirs du vieux continent se sont même enfouis dans les affaissements multiples qui ont attiré, encore une fois, la mer triomphante. Aujourd'hui, la nature des sédiments nous indique qu'une zone littorale, généralement gréseuse, a été longtemps balayée par des courants violents entre Joyeuse, Les Vans, Les Avelas et Courry, et nous rappelle que les flots battaient le rivage du Sud-est cévenol il y a environ 200 million d'années. A l'Est et au Nord de Banne, tout le gisement houiller est retourné aux profondeurs. Il a été, peu à peu, recouvert par des sédiments calcaires de cette mer secondaire ( un sondage récent l'a retrouvé, près de Vallon, à 2400 mètres). Puis, voici 100 millions d'années, un nouveau relief a émergé avec l'apparition de la chaîne pyrénéenne suivie, 60 millions d'années après, par celle de la chaîne alpine. Le socle cévenol a été fortement rehaussé du côté alpin et méditerranéen. Pressé contre le bloc inaltérable du Massif Central, le plateau houiller du Mazel a curieusement conservé ses assises et sa réserve de charbon à peu près intactes depuis La Combe jusqu'à Pigère, tandis que les énormes dépôts calcaires, remontés du fond de la mer par la formidable poussée, formaient les massifs de Bonne-Vieille, du Plat-Redon et de Bannelle. Le reste du gisement, qui rejoignait le bassin de Bessèges-La Grand'Combe, a subit au cours des temps d'énormes dommages de structure. Poussées, élevées, mêlées, séparées, effondrées, les couches qui semble avoir été constituées, en particulier dans la vallée du Doulovy, par les plus anciens sédiments carbonifères des Cévennes, ont été pour la plupart disloquées, et les charriages ne se sont pas seulement manifestés en surface mais aussi dans les parties les plus profondes. Ce qui nous explique les échecs de nombreuses recherches faites au siècle dernier. Les gisements se présentent en effet, généralement, en cuvettes séparées et fractionnées, difficilement exploitables d' une façon industrielle.
C
ependant, aux bords de ces cuvettes, certaines couches affleurant à la surface du sol ont dû être repérées et utilisées depuis des temps très anciens, comme à Pigère, côté Mazel, ou à Sallefermouse. Il faut noter également que le minerai de fer apparaît, ici et là, dans ce qu'il est convenu d'appeler le Bois des Bartres. On y a trouvé des scories, preuve d'une prospection de surface, de fusions et de mise en lingots sur un site métallurgique archaïque qui peut remonter très loin dans le temps.