l' Eldorado des Cévennes

 

Il y a une trentaine d'années, un ingénieur de la Société Penaroya, participant aux travaux de sondage et de recherches pour le compte de cette société, m' exposa que les dépôts houillers de Banne forment, lui semblait-il, quatre couches d' assez bonne qualité qui sont la continuation, vers le Nord, du grand bassin charbonnier du Gard. Ces couches, de faible périmètre, descendent ensuite profondément dans d'épaisses accumulations de grès triasique, ce qui les met hors d'une exploitation possible.
N'ouvrons pas un cours. Disons brièvement que notre région, géologiquement très bouleversée, renferme des filons éclatés au milieu de couches de matières très différentes. La Barytine ou sulfate de baryum, la Galène ou sulfure naturel de plomb, la Blende qui est un minerai de sulfure de zinc, la Chalcopyrite ou sulfure double naturel de fer et de cuivre, ou encore un arsénio-sulfure naturel de fer : le Mispickel, ou du plomb argentifère et autres encore que la recherche du siècle dernier et du nôtre n'a pu qu'exploiter brièvement ou abandonner.
Notre région est connue également, depuis longtemps, pour ses richesses aurifères. Mais l'or en filons n'existe pas, ou du moins n'a pas été découvert. Nous savons seulement que le bassin houiller de Banne et de Bessèges semble reposer sur une base d'épaisseur très variable faite de quartz et de micaschiste. C'est probablement de leurs sables que proviennent les paillettes que l'on a récoltées et que l'on récolte toujours dans la Ganière et la Cèze. Car nous avons encore des prospecteurs amateurs ou semi professionnels, hantés par l'idée de l'or, qui lavent les "sables aurifères" apportés par les alluvions de ces rivières. Comme nous avons toujours eu, depuis des siècles, des prospecteurs à la recherche de l'Eldorado Cévenol.
Déjà, aux temps romains, Pline l'Ancien (23-79 après J.C.) citait les Cévennes dans un ouvrage : "Gallia Aurifera" -la Gaule aurifère- César et Suétone ont également mentionné cette richesse. On retrouve, plus tard, différents documents nous rappelant que l'on cherchait l'or dans les sables des rivières cévenoles. Au 18ème siècle, l'abbé Gua de Malves, membre de l'Académie des Sciences, dressa une "carte des contrées aurifères des Cévennes" y compris des ruisseaux des environs de Pigère, Malbosc et Brahic. M. de Gensanne fit également un relevé pour l'administration des États de Languedoc. Il précisa que l'on trouvait des terres aurifères le long de la Cèze, comme depuis Saint-Ambroix jusqu'au dessus de Malbosc dans la petite rivière de Gagnière. J'ai eu également en mains un très vieux cahier prêté, dont j'ignore à la fois l'identité du copiste qui le couvrit d'une écriture soignée, comme les noms des auteurs des textes reproduits, malheureusement détruits par les dents des rongeurs actifs. Il nous apprend que Gardon, Cèze et Ganière furent citées en 1718 par René Antoine Ferchault de Réaumur parmi les rivières aurifères de France, dans un mémoire de l'Académie des Sciences. Le copiste nous dit également que, d'après un mémoire lu dans une séance de l'Académie Royale de Nîmes par M. Le Cointe, en 1754 :

 ...les rivières cévenoles, peu considérables dans les temps ordinaires, grossissent par les pluies ou la fonte des neiges, sortent de leur lit et inondent toutes les terres situées sur les bords. C'est à la suite de ces inondations, et après que les rivières ont repris leurs cours naturel, qu'on trouve de l'or mêlé dans les sables, surtout où elles forment un coude.
Le copiste ajoute : c' est ici que les paysans vont les pécher. Ils s'y prennent de cette manière. Ils ont un grand plat de bois fait en forme de cône écrasé, qui a 2 pieds et demi de diamètre sur 8 pouces de profondeur et le remplissent de sable. Ils se mettent dans l' eau jusqu 'aux genoux ayant le visage tourné vers le courant. Alors, ils prennent le plat des deux mains, le plongent dans l' eau jusqu'à 5 ou 6 pouces au-dessus des bords et lui donnent un mouvement circulaire avec lenteur, de manière que l' eau entraîne le sable; et l' or qui est plus pesant descend dans le fond du plat. Il ne laisse pas encore d'y avoir des grains de sable mêlés, dans lesquels il rentre pourtant quelques parties d' or que l' on sépare au creuset. Cette pêche est souvent très abondante. Un orfèvre de Saint-Ambroix, petite ville du diocèse d'Uzès bâtie sur la rive droite du Cèze, rapporta qu 'après une grande inondation quinze ou seize paysans avaient ramassé, à deux lieues au dessous de cette ville, pour environ six livres d' or par jour chacun.

Nous suivons ensuite l' historique d' une des nombreuses tentatives faites au long du temps par des chercheurs que gagna la fièvre de l' or.
"Il est même à remarquer qu 'on a tenté de nos jours à fouiller les mines d' or de ces montagnes. Quelques ouvriers de Provence vinrent pour cet objet en 1751 aux environs de Saint-Ambroix. Ils creusèrent à mi-côte des montagnes qui conduisent au hameau de Planzoles, non loin du Cèze. Avec peu de succès ou de produit à la vérité: mais l' existence des mines n' en est pas moins établie. M. Le Cointe rapporte qu 'il descendit dans les mines pendant qu 'on y travaillait et qu 'il vit qu 'on en tirait, à quatre toises de profondeur, une grande quantité de marcassites semblable à du plomb. Il ajoute qu 'on en fit ensuite l' analyse à Montpellier mais qu'elles ne rendirent pas de quoi subvenir aux frais des ouvriers. Aussi, ces ouvriers abandonnèrent-ils peu après et leur entreprise et leur travail". 
Des recherches ont donc été effectuées d'une façon presque permanente tout au long des siècles. Nous avons également connaissance, par des papiers de famille que M. Albert Lacroix a eu l'obligeance de me faire remettre, qu'une exploitation fut également envisagée à Malbosc en 1863. Il a, lui-même, parfaitement analysé ce dossier dans ses grandes lignes et je lui laisse donc "ma plume".

Une mine d'or à Malbosc ?

Le 9 septembre 1857 a lieu le partage, par sentence arbitrale (Joseph Théodore Lacroix, notaire) d'un communal indivis entre plusieurs habitants de la commune de Malbosc dit: "La Chamale". L'ordonnance du Tribunal civil de Largentière du 19 décembre 1857 en confirme l'exécution. (11 personnes étaient mentionnées).
A Malbosc, le 21 avril 1863, par convention devant Me Lacroix, ils acceptent le principe d'une vente éventuelle de ce terrain, "propriété où il y a quelques broussailles et mauvaises herbes", à Monsieur d'Hont "agissant tant en son nom que pour la Compagnie qu'il a en vue pour l'exploitation des terrains, sables et autres matières aurifères et autres". Monsieur d'Hont est négociant à Paris 5 rue des Carrières (Batignolles). Dès ce jour M. d'Hont peut commencer les travaux "pour acquérir la certitude morale de l'importance future de l'établissement qu'il a en vue" la cession ayant lieu si la Compagnie envisagée juge les résultats satisfaisants. Ceci dans un délai de six mois. Dans la négative les dommages éventuels seraient expertisés et indemnisés. Le prix payé à l'expiration des six mois sera de 100 francs l'hectare; l'achat ne portant que sur les parcelles méritant d'être exploitées.
Pendant la durée des travaux de recherches les vendeurs pourront continuer à garder leurs troupeaux et disposer du revenu sans pouvoir nuire à ces travaux. Lorsque le terrain ne sera plus susceptible d'être exploité et éventuellement abandonné par la Société, il reviendra aux vendeurs sans indemnité.
Environ 3 mois plus tard, la vente eut lieu -Me Lacroix, notaire- Le groupe de propriétaires vendit à M. Théodore, Vicomte de Veye, domicilié à Paris, 22 rue de l'Élysée, agissant tant en son nom personnel que comme Directeur-gérant de la "Société des Gîtes Aurifères du Midi", la propriété de la Chamale contenant 29 hectares, 30 ares, 85 centiares, au prix de 100 francs l'hectare, "avec le droit d'exploration et d'exploitation des terres, sables et autres matières aurifères ou autres qui peuvent se trouver soit à la surface, soit dans l'intérieur du terrain de la dite propriété".
Les vendeurs furent les mêmes personnes, ou leurs représentants, que pour le partage du 9 septembre 1857.

Y a t il eu une mine d'or à Malbosc ?

L'ouvrage d'Adolphe Joanne "Géographie de l'Ardèche", paru en 1878, nous apprend que "l'or se rencontre en paillettes à Malbosc", mais signale seulement une mine d'antimoine dans cette commune.
Ouvrons maintenant l'ouvrage d'André Thomas : "La Vallée de la Ganière et Gagnières".
"Au début du siècle, en 1911, fonctionne à Gagnières la Compagnie des Mines d'Or. Cette raison sociale a été le point de départ de nombreuses légendes. Il faut bien se rendre à l'évidence. Il n'y a jamais eu de mine d'or à Gagnières, où tout l'or qu'on a pu trouver est d'ailleurs alluvial. La Compagnie des mines d'or, comme les autre compagnies de la région, n'extrayait que du charbon. Elle exploitait la concession des Pinèdes, face à Chavagnac, dans les bois de Nible et du Gachas et les bâtiments qui subsistent à l'actuel lieu-dit des Mines d'or n'étaient destinés qu'à cette exploitation (cantine, lampisterie, laverie, etc...) On y comptait 120 ouvriers en 1913. Le nom officiel de cette Compagnie n'est pas celui de Mine d'or mais de Compagnie des Pinèdes. Le premier n'est qu'un surnom ironique qui lui a été donné quand un des ouvriers eut trouvé un morceau de quartz incrusté de pépites, trouvaille qui ne manqua pas d'attirer dans le coin de nombreux chercheurs (la ruée !) mais qui ne changea pas la destination première de la mine. En 1929, une Société fut créée sous le nom de "Société des Mines d'Or de Chavagnac-La Ganière". Je n'ai pu absolument rien trouver à son sujet, sinon qu'elle n'a jamais eu d'activité réelle. Certains n'ont vu dans cette création qu'une habile escroquerie, les actionnaires étant appâtés par une très belle pépite achetée à un riverain. D'autres m'ont affirmé que les dirigeants avaient renoncé à l'exploitation à cause du rendement très faible, mais que la société existait toujours ailleurs (où !). Quoi qu'il en soit pour Gagnières, la Société des Mines d'Or est bien une société fantôme". (fin de citation).
Avant de poursuivre, parlons de minerai de fer. Car on ignore souvent que le sous-sol de Banne fut aussi un producteur de ce minerai. Ce qui nous ramènera d'ailleurs à l'or et nous fera rencontrer quelques curieux personnages jouant une partie subtile.
Pour suivre cette extravagante histoire, il nous faut remonter au 14 mars 1857, jour où Napoléon III "par la grâce de Dieu et la volonté nationale Empereur des Français" signa au Palais des Tuileries un décret portant concession des mines de fer de Sallefermouse et Montgros aux sieurs Pagès, Gadilhe, Colomb, Rivière de Larque, Noury, Bergeron et Cie. C'était encore l'époque où on allumait d'énormes brasiers dans la forêt communale de Banne pour y jeter des blocs de minerai de fer qui éclataient et dont les morceaux les plus ferrugineux étaient portés aux hauts-fourneaux de Bessèges à dos de mulets. Mais cette même année 1857 s'ouvrit aux Salles la fonderie de Gagnières. C'était un débouché pour les mines de fer de Sallefermouse et Montgros. Cependant, une exploitation semi-artisanale, un minerai de faible teneur, des chemins difficiles jusqu'à Gagnières ne permirent pas le développement de cette activité locale. La concession ne fut exploitée que jusqu'en 1860. En raison de cet abandon, elle fut mise en adjudication publique, le 14 novembre 1895, et fit retour à l'État, aucun acheteur ne s'étant présenté. 9000 tonnes de minerai, environ, avaient été extraites. Nous retrouvons, ici, la structure bouleversée du sous-sol de notre commune. La concession de fer de Sallefermouse et Montgros portait principalement sur le terrain houiller et le trias. Le houiller s'appuie, à l'Ouest, sur les micaschistes, et le trias est recouvert, à l'Est, par les terrains jurassiques. La concession, généralement oubliée aujourd'hui, était en partie superposée aux quatre concessions houillères de Pigère et Mazel, Sallefermouse, Doulovy et Montgros. Ces affleurements ferrugineux avaient fait l'objet, très tôt, de travaux de recherches mais peu importants. La Compagnie des Forges de Bessèges et celle des Hauts Fourneaux de Gagnières les ont repris plus tard dans le ravin du Merle, dans celui du Rieutord, à la Maison de la Clède et dans le ravin du Puits Brûlé, près des couches de charbon des Pilhes, par une galerie de reconnaissance d'une centaine de mètres. Mais tous ces travaux n'ont permis de trouver que des rognons de minerai de fer trop isolés pour pouvoir être exploités avec profit. Il faut remarquer aussi que la couche ferrugineuse a été reconnue avec continuité depuis le Mazel jusqu'au Frigolet. Dans ce dernier lieu, la même Compagnie concessionnaire de Sallefermouse et Montgros, dite aussi Compagnie Bergeron, a développé une exploitation. Deux quartiers: la Galerie Talon et le Puits Brun y représentaient une longueur d'environ 400 mètres. Un puits, dit Vedel, venait d'atteindre la couche lorsque les travaux y ont cessé également en 1860 à la suite de l'arrêt des Hauts Fourneaux de Gagnières.
Mais, pensez-vous, où donc est l'or, sujet de ce discours ? Nous y arrivons. car le temps passa avant que se manifeste un nouvel et soudain intérêt pour cette concession en état d'abandon. Ce n'est que le 14 avril 1910, qu'un certain Robert Forget, ingénieur à Paris, Square La Bruyère n°1 (retenons cette adresse) sollicita près de la Préfecture de l'Ardèche "la concession des mines de mispickel, or, argent et autres métaux précieux qu'il a découvert sur le périmètre des communes de Malbosc et Banne, ainsi que de Bordezac, département du Gard".
Reynard, ingénieur à Bessèges, écrivit au Maire de Banne, le 17 mai suivant, pour lui faire savoir que M. Forget "est disposé à exécuter les conditions qui lui sont imposées". Le 6 août de la même année, c'est M. de Mimorin, demeurant au Château de Guychardeux, à St Gérand-de-Vaux qui fait connaître à la préfecture de l'Ardèche qu'il est désireux de remettre l'exploitation en marche. Et nous voyons réapparaître M. Robert Forget, le 28 septembre 1910, dans un arrêté de la préfecture de l'Ardèche, qui l'autorise à l'exclusion de tout autre, à faire dans la forêt communale de Banne, des recherches et fouilles en vue de la découverte de fer, cuivre, plomb, argent et or et tous autres matériaux connexes de la série des métaux rares, de leus oxydes et dérivés, sauf la houille (retenons également cette dernière phrase). L'arrêté précise que la concession est faite à titre de simple tolérance, essentiellement précaire et toujours révocable pour une durée de cinq années.
Or, le 21 mai 1910, les statuts d'une "Société Française des Mines d'Or de la Gagnière" -que l'on aurait dû orthographier : la Ganière-, avaient été déposés chez Maître Ferdinand Robin, notaire à Paris. 20000 actions de 100 francs, chacune part bénéficiaire au porteur, représentaient le capital de cette société anonyme dont le Siège social était ... à Paris, sans plus, et deux administrateurs y avaient déposé, chacun, une signature illisible. On peut, déjà, se poser des questions. Mais ma stupéfaction a encore été plus forte lorsque j'ai trouvé ensuite, sur un papier de qualité portant une élégante en-tête imprimé : "Société des Mines d'Or de Pigère", une correspondance datée du 21 septembre 1910, soit quatre mois après le dépôt des statuts de la "Société Française des Mines d'Or de Ganière et Draye". Mais où donc se trouvaient réellement ces mines ? Un certain nombre de correspondances nous font connaître les incertitudes de l'administration. Ou encore ces questions, comme celle de l'ingénieur en chef de l'Arrondissement Minéralogique d'Alais qui demanda, par exemple, la certification des statuts de la "Société des Mines d'Or de la Gagnière" par le Président du Conseil d'Administration, M. Pellegrin, dont la signature n'avait pas été légalisée. Il demanda également que son pouvoir soit justifié par un acte authentique.
Dans le jeu brouillé qui se développa, c'est la "Société des Mines d'Or de Pigère" qui rappela qu'elle avait fait une demande de concession de mines de mispickel, or, argent et autre métaux précieux, le 8 juillet 1910, puis une autre demande le 3 septembre suivant portant sur les communes de Banne, Grand-Brahic et Malbosc, en vue de l'exploitation ... de houille.
 Une adjudication, annoncée pour la date du 8 mars 1911, ajouta à la confusion. Elle concernait les anciennes mines de fer de Sallefermouse et Montgros, abandonnées en 1860 et dont nous avons parlé.  Une adjudication précédente, faite au cours de l'année 1895 n'avait pas été suivie. Nous voyons alors réapparaître nos deux compères que nous connaissons : Forget et Pellegrin avec un nommé Guizot, domicilié à Alais (rappelons que c'était, alors, l'orthographe d'Alès). Ils se présentèrent séparément avant d'être agréés par un arrêté du 18 février 1911. Nous avions donc, légalement, trois enchérisseurs. Charles Guizot, quant à lui, déclara à l'ouverture de la séance, qu'il renonçait à prendre part à l'adjudication. L'ingénieur civil des mines Pellegrin "résidant à Bessèges (Gard) Directeur de la Société des Mines d'Or de la Gagnières et agissant pour le compte de la dite Société" énonça une enchère de dix francs. Robert Forget "ingénieur de mines, 1 square La Bruyère" (voilà une adresse que nous connaissons bien) resta sans renchérir et, "le dernier des trois feux éteint" ledit acheteur fut déclaré adjudicataire.
On peut penser à une scène de comédie de boulevard. Mais non ! La société tricéphale acquit bien ce jour là une mine... qui ne fut jamais rouverte. Quelques jours plus tard, un représentant de la Mairie du 9ème arrondissement se présenta au n°1 du square La Bruyère pour remettre une autorisation préfectorale de disposer de la houille provenant des recherches de la société. Il n'y trouva qu'une personne... le concierge, qui refusa de signer le reçu du certificat de notification.
La pauvreté des documents qui nous restent ne permet pas de construire une fin cohérente de ce jeu des : Qui est Quoi ? Nous apprenons que des correspondances furent égarées au cours de la guerre 1914-1918. Que d'autres restèrent sans réponse. Le 15 juin 1917, M. Pellerin fit une demande de réduction de la surface de la concession de Sallefermouse et Montgros, puis de renonciation totale et revint sur sa première demande. Les impôts et les redevances restèrent impayées et l'on continua d'embrouiller les trois raisons sociales. Le 21 juin 1922, un décret du Président de la République rejeta la demande de concession des mines de houille dans les communes de Brahic, Banne et Malbosc faite par la Société des Mines d'Or de Pigère. En avril 1927, c'est le ministre des Travaux Publics qui demanda qu'un procédure de déchéance soit engagée contre les concessions des mines de fer de Sallefermouse et Montgros. Le 12 septembre suivant, le Préfet de Police de Paris fait savoir que l'on ne trouve plus dans ses services une notification à faire à la Société des Mines d'Or de la Gagnières. Le 1er février 1928, c'est le certificat de déchéance qui manque au dossier. Ce n'est que le 9 décembre 1929 qu'une copie de l'arrêté concernant la déchéance est affichée dans le 9ème arrondissement de Paris. Et l'on apprend -avec surprise- que la Société des Mines d'Or de la Gagnières est inconnue à l'adresse indiquée.
Au hasard des dernières pièces du dossier consulté, M. le Maire de Le Bouscat (Gironde) atteste qu'un M. Armand, représentant la Société des Mines d'Or de la Gagnières est décédé le 18 décembre 1928. C'est une lettre de M. le Maire de Grasse (Alpes-Maritimes) qui nous fait connaître que M. Pellegrin Charles a déclaré avoir quitté la direction des Mines d'Or de la Gagnières depuis 1914. Ce qui est faux puisque nous savons qu'il assurait toujours celle-ci le 15 juin 1917. Enfin une dernière pièce, un rapport de l'ingénieur des Mines de l'arrondissement d'Alais, daté du 5 février 1930, nous fait savoir "à toutes fins utiles" qu'un M. Pelain, soit disant liquidateur de la Société des Mines d'or de la Gagnière "réside au château St-Leu d'Artigues, près de Bordeaux".
Lorsqu'il m'avait fait connaître cette extravagante histoire, mon ami Joseph Thibon pensait que d'assez nombreuses parts bénéficiaires au porteur avaient été écoulées dans le canton de Les Vans. Mais, encore aujourd'hui, on préfère garder le silence sur ce souvenir désagréable. Et j'ajouterai qu'un de mes correspondant recherche, à Paris, la trace d'éventuelles pièces judiciaires. Sans succès jusqu'à aujourd'hui.

 

Gaston PAYSAN

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