Un mariage au château de Banne en

Vivarais au XVIe siècle

 

Nous ignorons la date exacte de la construction du château Renaissance de Banne. Nous savons cependant que Guillaume de Beauvoir seigneur du Roure et son épouse Urbaine de Grimoard, arrière petite nièce du pape Urbain V habitaient à la fin du XVe siècle une maison dans le castrum médiéval qui sera appelé, après la construction du château, l'enclos, puis le fort.

Je tiens à préciser qu'il ne faut pas traduire castrum par château (castellum en latin) mais bourg fortifié castral. Car à côté du donjon et de la demeure du seigneur du lieu, ici Guillaume de Beauvoir, se trouvaient dans le castrum d'autres maisons où logeaient le curé de Banne, Jean Borie ; des nobles, les Larque ; des roturiers, les Blancard, les Bonaud, les Blau, les Boytier et les Chabassut.

Quelques années plus tard en 1515, Antoine de Beauvoir seigneur du Roure, le fils aîné d'Urbaine et de Guillaume décédé en janvier 1499, habitait encore la maison seigneuriale dans le castrum. Mais Antoine mourut jeune et lui succéda son frère cadet Claude qui reçut en 1530 l'héritage de sa mère Urbaine à condition de prendre le nom et les armes des Grimoard. Il sera donc le premier Beauvoir du Roure à porter le nom de Grimoard.
Aucun document nous indique où logeaient Claude Grimoard de Beauvoir du Roure et Florette de Porcelet, fille du seigneur de Maillane, qu'il avait épousée en 1520.
Étaient-ils toujours dans le castrum ou avaient-ils commencé à habiter le château Renaissance ?

Par contre, nous savons qu'Antoine Grimoard de Beauvoir baron du Roure, de Banne et de Grisac, chevalier de l'ordre de Saint Michel depuis 1572, le fils aîné des 14 enfants qu'eurent Claude et Florette, maria ses 3 filles au château de Banne dans les années 1580, sous le règne d'Henri III.

• Il y eut d'abord le 29 mai 1580 le mariage de Marguerite Grimoard de Beauvoir du Roure avec Tristan de Grégoire seigneur de Lambrandes, capitaine de la place d'Ispagnac en Gévaudan.
• Puis le 17 janvier 1580 (ancien style) ou 1581 (nouveau style) Françoise Grimoard de Beauvoir du Roure épousa Guillaume de Balazuc seigneur de Sanilhac qui joua un grand rôle dans les guerres civiles qui se déroulèrent dans le Vivarais, de 1621 à 1629, en commandant des troupes catholiques. On l'appellera « brave Montréal ».
Enfin, en 1584 eut lieu le mariage de Louise veuve du seigneur de Ville, la fille aînée du baron du Roure Antoine Grimoard de Beauvoir et de Claude de la Fare-Montclar, avec Pierre de Chalendar de la Motte, syndic des États du Languedoc.

C'est ce mariage que nous essayerons de décrire le plus complètement possible en nous aidant des renseignements recueillis dans le journal qu'avait tenu le père du futur époux, Guillaume de Chalendar de la Motte coseigneur de Vinezac habitant de Chassier, près de Largentière, dans le château de la Motte.
Nous apprenons ainsi, que la cérémonie du mariage ne se faisait pas comme aujourd'hui en une seule journée, mais se déroulait sur plusieurs mois en 4 étapes :

Les accordailles les fiançailles les épousailles les amenailles

Le 17 mai 1584 eurent lieu les « accordailles »  :
Les familles des futurs mariés se réunirent en « terrain neutre » à Ruoms dans la maison du seigneur de Chaussy, Louis de Bonas, pour faire connaissance, s'entendre sur les arrangements du mariage et en particulier discuter de la dot.
Étaient présents à cette réunion :
Claude de Beauvoir du Roure, le prieur apostat des Vans qui avait passé au protestantisme en gardant le titre de seigneur des Vans qui était normalement dévolu au prieur ; Balthazar de Beauvoir du Roure seigneur de Saint-Privat de Vallongue en Gévaudan ; Louis de Beauvoir du Roure seigneur de Saint-Florent en Uzège : tous frères du baron du Roure, ils représentaient leur nièce Louise Grimoard de Beauvoir.
Le futur marié Pierre de Chalendar de la Motte était représenté par son oncle Claude de la Motte prieur de la Beaume dit le « commandeur de la Motte » ; Annet de Borne seigneur de Sanilhac qui était aussi le beau-frère de Louise ; François de Charbonnel seigneur de Chauson cousin du futur marié.
Il y eut ensuite, le dimanche 29 juillet à Banne, au château du baron du Roure, de Banne et de Grisac, la signature du contrat de mariage, pour ainsi dire : les « fiançailles » .
C'était la cérémonie du mariage qui avait le plus d'éclats et qui rassemblait le plus d'invités : parents, amis et personnalités de la région. Parmi la nombreuse assistance, outre les mêmes seigneurs qui étaient présents aux « accordailles », se trouvaient : le père du fiancé Guillaume de Chalendar de la Motte ; Jacques de Budos Vicomte de Portes cousin germain du baron du Roure (leurs mères Louise et Florette de Porcelet étaient surs) ; Jacques de Beauvoir du Roure seigneur de Brahic autre frère du Baron du Roure ; Pierre de Beauvoir du Roure et son frère Jacques, fils du seigneur de Saint-Florent ; l'ancien gouverneur du Bas-Vivarais Guillaume de Rosilhes ; Claude de Borne seigneur de Malarce ; le conseiller François du Roux ; son fils André ; Claude de Chambaud seigneur de Saint-Lager ; les capitaines Benoyt de Bays et Largaud ; le lieutenant Alamel ; le seigneur du Prat ; le juge Rivière ; Guillaume de Montault seigneur de Saint-Jean-le-Centenier, etc., etc.
Les femmes qui devaient assister à la cérémonie ne sont pas nommées dans le journal de Guillaume de la Motte.
Le contrat du mariage fut reçu par Maître François Belledent notaire de Chassier et par Maître Rourette notaire de Grospierre habitant Banne en Vivarais.
La dot fut, somme assez considérable pour l'époque, de 3166 écus d'or 2/3 ou 9.500 livres, payables à savoir 2000 écus comptant le jour de la solennisation du mariage et 500 livres (166 écus 2/3) pour employer en robe. Le reste de la dot, soit 100 écus fut versé en 1585.
Après la signature du contrat qui s'était déroulée, rappelons-le un dimanche, jour de la semaine où on ne faisait pas maigre, il y eut un copieux banquet.

Au XVIe siècle, les fêtes religieuses ou les fêtes de famille, comme ici les fiançailles étaient une occasion de faire ripaille. Une table croulant sous la nourriture était un signe de richesse et de pouvoir.
Aussi, dans la grande salle de Compagnie située au premier étage du château avait été dressée la table en mettant des planches sur des tréteaux, quoique les premières tables à manger venant d'Italie commençaient à faire leur apparition. Elle était recouverte d'une nappe de lin brodée qui servait d'essuie-main. La serviette n'était pas encore en vigueur. Les sièges pour manger étaient des bancs d'où le terme de banquet pour désigner les repas.
Les invités mangeaient soit avec les doigts, soit à l'aide des premières fourchettes à 2 dents qui commençaient à être utilisées sous Henri III. Ce ne fut que sous la Régence au XVIIIe siècle que la fourchette à 4 dents fit son apparition.
Les écuelles pour manger la soupe, le ragoût et les sauces étaient en étain ou en argent. Elles seront en faïence au XVIIe siècle et en porcelaine au XVIIIe.
Devenues individuelles, elles commencèrent à être appelées assiettes au XVIe siècle, car elles marquaient l'endroit où on devait s'asseoir.
La viande rôtie était mangée sur des tranches de pain sec : les tranchoirs.
Après le repas on donnait ce pain aux pauvres. On parle de cette pratique dans le cérémonial du sacre de Louis XII (27 mai 1498).
Le couteau avait une forme arrondie de façon à rester inoffensif en cas d'attaque.
La cuiller était faite de 2 matières différentes : corne, ivoire, cristal, bois ou cornaline (variété d'agate translucide variant du rouge sang foncé au rouge chair tendre). Le manche était court et effilé. Il devint au XVIIe siècle plus long, terminé par une spatule aplatie semblable à celui utilisé de nos jours.

Le banquet comprenait de l'« assyette de table » équivalent à notre apéritif actuel jusqu'à l'« yssue » et au « boute-dehors » (les desserts et les digestifs) séparés par des « entremets », 2 à 7 services qui pouvaient comprendre jusqu'à 40 mets chacun ! La présentation des plats était primordiale. La cuisine était destinée à être vue autant que consommée d'où la fréquence des pâtés, des tourtes et du safran servant à colorer les plats.
La cuisine de la Renaissance se distinguait de celle du Moyen-Âge par l'utilisation plus importante du sucre, su beurre et des légumes. L'emploi du beurre et du sucre était mentionné dans 30% des recettes au XVIe siècle, il était de 6% pour le sucre et 2% pour le beurre au Moyen-Âge. Il en était de même pour les légumes : 9% des recettes étaient à base de légumes au Moyen-Âge, 21% à la Renaissance.

Essayons d'établir la liste des aliments que pouvait avoir à sa disposition le maître-queux pour établir le menu du banquet. Il utilisait :

•  Les épices et les acides :

La cuisine de la Renaissance garda les acides et les épices très prisés au Moyen-Âge. Le gingembre était le plus employé (on le trouve dans 40% des recettes), puis la cannelle dans 20%, le girofle dans 20% aussi, le safran dans 17%, la muscade et son enveloppe le macis dans 11% et le poivre dans 5%. La maniguette, graine d'un goût poivré plus connu sous le nom de graine de Paradis, alors très à la mode, disparaît au XVIe siècle. Le sel était considéré comme une épice.
Les acides, comme le vinaigre, le verjus et le jus d'oranges amères étaient mentionnés dans 60% des recettes.
Les épices et les acides servaient en plus de donner du goût aux plats, à faciliter la digestion de ces menus pantagruéliques (Rabelais avait publié son Pantagruel en 1532).
Il y a avait aussi des « épices de chambre » tels que le miel, les noix, les noisettes, les amandes, les raisins secs, les abricots secs ainsi que le sucre.
Les plantes aromatiques (persil, estragon, menthe, sauge, basilic, serpolet) très utilisées dans la cuisine de la Rome antique, continuèrent à être employées mais la préférence allait aux plats fortement épicés et vinaigrés.

•  Les légumes :

Nous avons vu que la cuisine du Moyen-Âge en utilisait peu dans ses recettes. Elle employait surtout le chou, les poireaux, les oignons, les légumes secs et les plantes devenues aujourd'hui à l'état sauvage comme les orties, le chiendent, le laiteron (herbe qui laisse écouler un latex blanc quand on la brise), le fumeterre (appelé ainsi car il fait pleurer les yeux comme la fumée. Il renferme un alcaloïde qui possède des vertus amères et dépuratives) et la ficaire, appelée aussi herbe aux hémorroïdes car sa racine en infusion ou en décoction était employé contre les hémorroïdes.
À la Renaissance, les légumes prirent une place plus importante dans la cuisine et des légumes inconnus ou méprisés au Moyen-Âge comme les artichauts, les cardes, les cardons, les truffes, les champignons sauvages, les asperges, les navets, les vrilles de vignes, les jets de houblon, les salades, les courges, les épinards (à la florentine), les concombres, les cornichons, les câpres et les olives confites furent mis à la mode au XVIe siècle.
Par contre, il n'y avait ni tomates, ni pommes de terre.

•  Les matières grasses :

Le beurre remplaça peu à peu le saindoux et le lard, mais l'huile d'olives continua à être très utilisée surtout dans la région.

•  Les viandes :

Elles étaient servies : rôties, bouillies, en hachis ou en pâtisserie (en croûte).
La volaille était couramment consommée : la poule, le canard, le paon et même le cygne qui sera remplacé par le dindon, récemment introduit en Europe par les Espagnols de l'Inde Occidentale (nom donné au Nouveau Monde par Christophe Colomb, car il crut lors de son premier voyage avoir atteint les rivages de l'Asie).
Le Gibier  : mangé toujours faisandé d'au moins 3 jours. Il était en abondance sur la table du seigneur, car il avait sur ses terres, le droit de chasse et de pêche : chevreuil, sanglier, faisan, perdrix, lièvre.
La viande blanche  : veau, agneau, chevreau. Elle était souvent accompagnée par la « sauce verte douce et forte » (mélange de sucré-salé) dont voici la recette : « trempez 1 tranche de pain rassis dans 25 cl de vinaigre pendant 30 minutes. Passez-le au travers d'un tamis pour avoir une consistance homogène. Ajoutez 6 cuillérées à soupe d'herbes aromatiques (persil, estragon, menthe et sauge) et mélangez le tout en pilant pour obtenir une sauce verte unie. Salez et ajoutez une point d'ail écrasé ou une cuillérée à soupe de miel liquide pour adoucir le parfum du vinaigre. »
Le porc était la viande la plus consommée par les paysans.
La viande rouge  : le buf : surtout la langue qui était très recherchée. Il existait un droit féodal par lequel les langues de buf appartenaient au seigneur du lieu. Elle était souvent accompagnée d'une tourte d'ortie.
Le mouton était servi rôti ou en ragoût.

•  Les poissons :

On en consommait plus que de nos jours. En plus des 40 jours du carême, on jeûnait les veilles de fêtes, les vendredis, les samedis et pour les dévots les mercredis de chaque semaine. On faisait maigre 150 jours par an.
On mangeait la truite, la morue salée ou verte, la morue sèche, le hareng blanc ou salé, le hareng saur ou fumé, le saumon, le loup de mer, les anguilles etc.
Le thon pêché en Méditerranée était vendu assaisonné d'huile d'olives et pressé dans des barils.

Nous trouvons dans le journal de Guillaume de la Motte une commande faite à un marchand de Largentière nommé Barbefine, en février 1586 pour des achats en prévision du carême, à la foire de Montferrand.

Voici la liste avec l'orthographe de l'époque :

15 merlus (morue salée) à 25 sols la pièce

30 merlusses (morue séchée) pesant 72 livres à 2 sols et 20 liarts la livre

4 saumons pesant 26 livres à 6 sols la livre

150 harentz blancs (salés) à 3 francs le cent

300 harentz saur (fumés) à 52 sols le cent

11 livres ½ de marsouin (loup de mer) à 7 sols la livre

6 livres ½ de tripes de mollue à 6 sols la livre

2 pains de sucre fin pesant 6 livres à 25 sols ½ la livre

Canelle, girofle et muscade 5 livres de chacun

Le port était revenu à 2 écus
(1 livre valait 1 franc d'argent Henri III ou 20 sols. 1 liard équivalait à 3 deniers ou ¼ d'un sol.

•  Les ufs :

Ils se consommaient entre autres farcis (la farce était faite de 75g de fromage sec, 3 pincées de marjolaine, 1 grosse pincée de girofle en poudre, du safran, 12 cl de verjus et du sel) ou au sucre.

•  Les fromages :

Le lait frais était un luxe, il était recommandé pour les malades et les convalescents. Par contre, on mangeait beaucoup de caillés et de fromages.
Le fromage de vache : Guillaume de la Motte avait acheté en février 1586 « 3 quintals fromaige dont y en avait ung d'Auvergne » à 18 livres le quintal soit 18 écus.
Le roquefort et le fromage de chèvre (le pélardon de Banne) étaient très appréciés.

•  Les desserts :

Toute sorte de beignets, la crème bouillie, le pain d'anis, le pain d'épices, les tartes, la fouace rabelaisienne et introduits d'Italie par Catherine de Médicis : la frangipane, le biscuit à la cuillère, la brioche, les macarons étaient au menu.

•  Les fruits

Étaient consommés les pommes, les raisins, les poires (très appréciées au XVIe siècle, on en dénombrait 200 variétés), les figues (celles de Nîmes étaient recherchées), le melon alors qu'il était méprisé au Moyen-Âge car jugé dangereux pour l'organisme. Les châtaignes abondantes dans la région étaient mangées fraîches, grillées l'hiver après avoir été séchées dans les « clèdes », en bouillie (le bajana) ou transformées en farine.

•  Les boissons :

Le vin était rarement bu pur, mais mouillé avec un peu d'eau.
À la fin du repas, on servait du vin de coing, du vin de sauge, du vin de pétales de roses et de l'hypocras (mélange de vin et d'épices). Ce breuvage était encore utilisé du temps de Louis XIV.

Voici une recette que Guillaume Tirel dit Taillevent, le maître-queux des rois de France au XVe siècle en a laissé : « pour une pinte prenez 3 tréseaux de cinnamone fine et pure, un tréseau de mesche ou deux qui veult, demi tréseau de girofle et de sucre fin six onces, et mettez en poudre, et la fault tout mettre en ung coulouoir avec le vin et le pot, dessoulez et le passez tant qu'il soit coulé et tant plus est passé et tant mieux vault, mais qu'il ne soit esventé. »
Le coulouoir était un récipient percé de trous servant de passoire. Le tréseau était une unité de poids utilisée surtout pour la soie valant 3,8g. La cinnamone est un arbuste aromatique tel le cannelier d'où est extrait la cannelle.
Le café, le thé et le chocolat n'étaient pas encore connus en France. Le café y fut introduit en 1657, le thé en 1666. Le chocolat importé en Espagne au XVIIe siècle devint très populaire auprès des femmes et des moines de ce pays. C'est Anne d'Autriche l'épouse espagnole de Louis XIII qui l'introduisit en France.

Pour assister à la cérémonie, les femmes étaient habillées d'un corsage au large décolleté la basquine , caché en partie par une large collerette haute et large en forme de roue tuyautée la fraise  ; d'une robe montée sur des cercles de jonc qui la faisait gonfler autour des hanches le vertugadin  ; et enfin d' une cape .
Leur coiffure était formée d'une résille de ruban d'or ou de soie parfois ornée d'un bijou : l'escoffion qui se portait sur un bonnet dépassant sur le front.
Les hommes qui portaient souvent la barbe, signe de virilité, avaient mis un pourpoint qui habillait le torse, une fraise autour du coup, une culotte le haut-de-chausse très court et collant qui partait de la ceinture jusqu'au haut des cuisses, des bas de soie appelés bas-de-chausse et pour terminer une cape . Ils étaient coiffés d' une toque généralement en velours à bords retroussés, entourée d'une cordelière ornée parfois d'un plumet ou d'un bijou.
Les chaussures des 2 sexes étaient sans talon et avaient sur le dos du pied des ouvertures longitudinales : les crevés .

La fête se termina comme de nos jours par un bal.
Ainsi les invités accompagnés par les joueurs de luth, de flûte ou de cistre qui était alors l'instrument en vogue exécutèrent les danses à la mode : la volte (danse tournante qui s'exécutait en couple) ; la gaillarde (danse en vogue, mondaine et très vive) ; la pavane (danse lente) ; le branle (caractérisé par un déplacement latéral des pieds) ; la courante (danse à 3 temps).

Le samedi 15 septembre 1584 eurent lieu les « épousailles » :
Pierre de Chalendar de la Motte épousa demoiselle Louise Grimoard de Beauvoir du Roure, fille de Baron du Roure, de Banne, de Grisac, en l'église paroissiale Saint-Pierre de Banne, à l'aube, avant le lever du jour, en toute intimité et sans la présence de parents. Car on pensait que des gens mal intentionnés, en assistant à la cérémonie nuptiale pouvaient jeter un mauvais sort aux époux : en rendant leur union stérile ou en jetant un germe de discorde sur leur ménage.
On croyait aux maléfices, au mauvais il et aux prophéties, au siècle où vécut Nostradamus.
Le couple fut uni par l'oncle du marié, le prieur de la Beaume, Claude de la Motte. L'anneau d'or apporté par le marié à la cérémonie avait été réalisé par un orfèvre d'Aubenas à partir d'un vieil écu d'or fin.

Puis le 5 janvier 1585 se déroulèrent les « amenailles » :
Louise, la fille du baron du Roure et de Banne fut conduite à Chassier au château de la Motte, maison de son époux, accompagnée par une grande et noble assistance parmi laquelle étaient ses oncles, les seigneurs des Vans et de Saint-Privat, ses beaux-frères, les seigneurs de Lambrandes et de Montréal, le Vicomte de Portes, les seigneurs de Brésis, de Morangiés, de Chambonas, de Montbrun, de Rosilhe, de Laugère, de Chaussy, de Ville et plusieurs autres personnages parents et alliés.
Une superbe et grande réception au château de la Motte clôtura cette belle journée.

Je terminerai l'étude de ce mariage par l'annonce d'une naissance, montrant ainsi qu'aucun maléfice n'avait été jeté sur les mariés, lors des épousailles.
Le vendredi 5 septembre 1586 entre 5 et 6 heures du soir, naquit Catherine de la Motte, 1 er enfant de Pierre de la Motte et de Louise Grimoard de Beauvoir du Roure. Le baptême eut lieu le 7 janvier 1587 en l'église Saint Benoît de Chassier ; la marraine fut la grand-mère paternelle Catherine de Ponhet, la mère de Pierre de la Motte ; le parrain fut le grand-père maternel, le baron du Roure, représenté à la cérémonie par son gendre Guillaume de Balazuc seigneur de Sanilhac.
Les dates de mariage de Marguerite Grimoard de Beauvoir du Roure et de sa sur Françoise : le 29 mai 1580 et le 17 janvier 1581 sont, en fait, les dates de la signature du contrat ou « fiançailles » et non les dates de la solennisation du mariage ou « épousailles ».

 

Bibliographie :

•  Guillaume Chalendar de la Motte , François de Charbonnel Revue du Vivarais 1904

•  La France de la Renaissance, uvre collective Édition Nouveaux Loisirs, Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites / Édition du patrimoine, Paris 1998

•  La cuisine au Moyen-âge , Pierrette Chalendar Édition Lacour, 2004

•  Notes et documents fournis par Jacques Schnetzer (minutes des notaires Pierre de Coyras, Pierre Granier, Jacques de Coyras et Claude Compang)

•  Banne Les seigneurs , Christian Tardieu Édition Cévennes Magazine 2000

Christian TARDIEU