c'était aussi des hommes

En venant de Les Vans ou de Bessèges, et si l'on prend la route qui monte au Mazel, si l'on suit le vallon de La Combe à la sortie du quartier du Fort, que l'on parcourt le Bois Commun et les environs de Sallefermouse, ou que l'on franchisse la vallée du Doulovy sur son superbe viaduc, on imagine mal que dans ces lieux de solitude, de nombreux hommes ont travaillé dans la continuité, parfois de plusieurs siècles. Les possesseurs du sol ont exploité ou fait exploiter les affleurements de houille dans des temps reculés, et nous avons vu -et nous reverrons- que les implantations du 19 ème siècle ont presque toujours découvert les traces d'anciens travaux. Encore à la fin de ce siècle, les mineurs de Banne étaient essentiellement d'origine locale et rurale. Peu d'entre eux se sont résignés à rompre complètement avec la terre, à cesser d'être des paysans de tradition, avec des habitudes régulières, un sentiment religieux profondément ancré, et cette vieille passion d'agrandir la propriété. C'est plus tard, au cours du siècle suivant, que les attaches ce sont plus souvent rompues : la salaire n'a plus été un appoint mais le moyen de vivre. Encore faut-il remarquer que le suivi de quelques courtes grèves peut être rapproché d'une période active de travaux agricoles. "Courageux et de manière tranquille" , ils ont toujours été appréciés par les ingénieurs des mines. Et l'on devine, en étudiant certains documents, qu'ils ont su parfois dominer des contestations passagères avec le goût du rire et la bonne humeur des hommes du Midi.

Sous le régime politique très réglementé du Second Empire, on chargea un commissaire de police de veiller à la sécurité publique et d'organiser la surveillance dans la canton de Les Vans. Il précisa régulièrement des ses rapports mensuels de style conventionnel, comme par exemple ceux de l'année 1868 : "Les ouvriers des mines de Banne sont paisibles et contents" . Mais partageaient-ils le même lyrisme ?

Ce qui nous reste d'eux, aujourd'hui, c'est cet envers du décor déjà effacé. Nous ne pouvons que ma imaginer la scène intérieure où s'est déroulée la lutte pour la prise de possession de ce domaine du noir : celui de la nuit et du charbon ; celui de cette matière qui apportait son énergie aux hommes, après le bois de la forêt ou l'eau de le rivière qui avaient été jusque là les forces de l'industrie humaine. lampe mines de charbon ardeche

Nos mines ont été relativement ingrates, même si les gisements n'étaient pas pauvres. L'exploitation s'est longtemps faite par le percement de galeries aux flancs des pentes, dans l'épaisseur des couches qui affleuraient. Nous avons vu que celles-ci, souvent bouleversées par les mouvements tectoniques, recoupées par l'érosion, ont été séparées en cuvettes. Elles ont formé trois secteurs d'exploitation : Pigère, Le Mazel, Sallefermouse, dont les couches exploitables, généralement de faible épaisseur, étaient souvent séparées par des failles. Ce n'est qu'après l'épuisement de ces formations de surface qu'on a tenté une exploitation tardive par puits ; parfois vainement. Ceux des Avelas, de La Vernède, de La Matte par exemple, furent des forages de recherche qui n'ont jamais servi à l'extraction.

Au cours du 19 ème siècle, on a donc beaucoup travaillé dans des couches où les fouilles trop basses ne permettaient pas aux wagonnets d'atteindre les points d'abattage. On transportait le charbon dans des sacs, ou des paniers de mine munis de patins ferrés que l'on poussait ou que l'on tirait jusqu'à la galerie d'évacuation à l'aide d'un harnais. Des garçons de treize ou quatorze ans s'y employaient parfois. On utilisa également des chiens de trait.

Dans notre bassin, la division des tâches n'a jamais eu la complexité de celle des mines du Gard, aux énormes effectifs humains. Des quartiers n'ont parfois été exploités que par quelques dizaines d'hommes. Et chacun y était considéré comme pouvant tout faire. Dans de nombreux filons maigres le piqueur, souvent torse nu, couché sur le flanc, appuyé sur une planchette ou un vieux couffin, à l'étroit dans le boyau étranglé, travaillait accablé par la chaleur et l'humidité qui suintait à travers les couches supérieures. Besogne pénible, dont l'insalubrité s'aggravait du fait des poussières que l'on refusa longtemps de prendre en compte, avant de reconnaître qu'elles étaient responsables de la silicose, c'est-à-dire de la tuberculose pulmonaire anthracosique. L'insuffisance de lumière, la répétition de postures couchées ont aussi été responsables d'affections caractéristiques. Des maladies parasitaires nées du manque d'hygiène sont apparues également. Mais ce n'est que peu avant la guerre de 1914-1918 que des règlements ont été édictés, exigeant l'installation de WC au fond et de douches en surface. Pourtant d'assez nombreuses petites compagnies, comme à Banne, prétextèrent que ces dépenses n'étaient pas productives, et obtinrent des dérogations.

Remarquons également qu'une loi du 29 juin 1905 institua la principe de la journée de huit heures pour les mineurs travaillant à l'abattage. Le bénéfice de cette loi ne fut étendu aux autres ouvriers du fond que le 31 décembre 1913. Les huit heures étaient comptées depuis la descente du dernier homme à la remontée du premier. Mais, là aussi, de nombreuses dérogations temporaires ou permanentes furent accordées, et l'on travailla encore, dans les mines secondaires, plus de 48 heures au cours d'une semaine de six jours.

La lourde peine journalière, le danger partagé ont conféré aux mineurs la fierté d'avoir une profession distinctive, et leur ont donné le sens de la solidarité ; il faut aussi remarquer que si dans certaines familles de Banne on a toujours refusé de "descendre à la mine", il n'y a pas eu pour autant de fracture dans la population. Prenons un exemple amusant, même s'il n'est pas très moral.

Nous avons vu que les mineurs se déplaçaient à pied pour se rendre à leur travail. L'un d'entre-eux habitait, avec deux autres, un lieu-dit de Banne où il possédait un vieil âne encore vaillant. Car s'il y avait des mulets et quelques chevaux dans la commune, on y trouvait aussi des ânes. Celui-ci avait été habitué à rentrer seul à l'écurie en portant son fardeau lorsque le propriétaire le renvoyait du lieu où il avait été chargé. Il savait qu'il serait débarrassé de son faix et du bât par les enfants ou l'épouse de son maître et, surtout, qu'il trouverait l'appétissante poignée d'avoine qu'on avait déposée dans sa mangeoire. Un matin, le mineur se leva très tôt, harnacha la bête, la prit par le licol, arriva bien avant l'ouverture de la mine, car on n'avait pas encore institué le régime des trois huit. Il chargea les deux banastres de charbon, rabattit les couvercles et renvoya l'animal. Les jours suivants, ses deux voisins entrèrent dans le jeu à tour de rôle et, le dimanche suivant, on partagea le charbon. Pourquoi ne pas continuer ? Et toute la commune fut mise peu à peu au courant par les compagnons de travail qui devinèrent le jeu. On s'en amusa beaucoup. Ils eurent la sagesse de cesser ce petit trafic au bout de quelques semaines et ne furent jamais dénoncés.

Les chercheurs d'hier se sont surtout intéressés aux tonnages et aux valeurs marchandes. On y ajoute aujourd'hui un petit côté folklorique. Mais nous savons peu de choses de la vie personnelle de ces mineurs du 19ème siècle, blessés ou tués en accomplissant leur travail. Un rapport fait au Préfet de l'Ardèche le 14 décembre 1865 par le Commissaire de police de Les Vans, déjà cité, montre bien les dangers parfois encourus :

Un douloureux accident est arrivé hier matin, à 7 heures, dans les mines de houille de La Combe, commune de Banne, appartenant à M. Colomb, Maire de cette commune ; et dirigée par un sieur Coignard, entrepreneur.
Un ouvrier mineur, M. Amédée Evesque, âgé de 21 ans, célibataire, né à Malbosc mais demeurant à Pigère, était entré dans la mine pour commencer vers 6 heures 1/2 du matin ; en compagnie de son frère et d'un autre ouvrier nommé Alméras.
La couche qu'ils exploitaient, située au fond d'une galerie de 600 mètres environ, présente quelques difficultés en ce sens que, n'ayant que 35 centimètres d'épaisseur, les ouvriers sont obligés de travailler complètement couchés l'un derrière l'autre, leur corps touchant pour ainsi dire de tous côtés.
Evesque Amédée, qui était le premier, n'eut pas plutôt donné quelques coups de pioche qu'une quantité de houille imprévue se détacha. En même temps, un bloc de rocher -appelé en terme de mineur : rognon- d'un poids de 300 kg environ, s'affaissa sur sa tête et l'écrasa littéralement.
C'est à peine si ses deux compagnons qui travaillaient derrière lui s'aperçurent de ce malheur, car le bloc détaché, qui touchait la tête d'Evesque avant l'accident, n'avait fait que basculer, laissant une de ses extrémités adhérente à la place qu'il occupait. C'est du reste ce hasard qui épargna la vie des deux autres.
Il résulte des renseignements recueillis sur les lieux, que les précautions habituelles avaient parfaitement été prises ; et que le malheur survenu au pauvre Evesque n'est que le résultat d'un cas fortuit, impossible à prévoir.
Evesque a été inhumé ce matin à 10 heures. 

 Mon défunt voisin, Émile Compère, avait également entendu citer, alors qu'il était enfant, le cas d'un "prisonnier de ces galeries étroites qui craquaient, bougeaient et semblaient vous guetter tout le temps" . Il fut coincé, à demi étouffé, et ses camarades s'exposèrent aux mêmes risques durant plus de deux heures pour le sortir de son réduit. Tiré d'affaire, indemne, il regagna par ses propres moyens son domicile, mais ne revint jamais à la mine.

C'était à la justice, en définitive, qu'il appartenait d'apprécier, dans chaque cas particulier, à qui incombait la responsabilité des accidents entraînant la mort ou des blessures pour le personnel. Un double du procès-verbal, dressé par l'ingénieur des mines responsable, était adressé au Procureur pour qu'y soit donné suite. Mais diverses correspondances que j'ai eues en main m'ont laissé songeur. Lisons quelques papiers administratifs concernant des accidents survenus au cours de la décennie 1850-1860. Le 26 janvier 1855, le Maire de Banne écrit au Sous-préfet :

"Il est arrivé hier matin un sinistre aux mines de Banne, ç celle de Pigère : deus ouvriers qui entrèrent les premiers à cette exploitation furent brûlés par le grisou des mines: ce sont les nommés Broussard, père et fils, de la commune de Malbosc. les blessures sont graves, plus encore pour le père que pour le fils ; elles s'étendent sur tout le corps. C'est la première fois qu'un accident de ce genre arrive aux mines de Banne, où le grisou n'avait pas encore paru. Monsieur Coignet, Directeur de ces mines, me dit dans sa lettre que ces ouvriers étaient nantis de lampes de sûreté. Je ne crois pas qu'elles aient été encore employées. Il faut qu'elles le soient à l'avenir".

En fait, l'accident s'était produit sur l'exploitation des Pilles, dépendante de la concession Pigère-Le Mazel. L'ingénieur en chef des mines de l'arrondissement d'Alais précisa dans une lettre du 19 février 1855 au Préfet de l'Ardèche :

"...Contrairement à l'assertion de M. le Maire de Banne, les lampes de sûreté sont employées dans cette mine... Si un accident s'est manifesté, il est dû à l'imprudence des deux ouvrier qui en ont souffert, en décapuchonnant leur lampe et en la laissant allumée à l'entrée et à la partie supérieure de la galerie montante où ils travaillaient."

Il ajouta cependant :

"Il importe qu'à l'avenir les concessionnaires renoncent à ouvrir les galeries montantes dans la mine des Pilles... et je crois utile, Monsieur le Préfet, que vous en fassiez l'objet d'une recommandation toute spéciale, en leur enjoignant d'y employer exclusivement des lampes de sûreté fermant à clef".

Le 15 juillet de la même année, l'ingénieur en chef des mines adressa depuis Alès à "Son Excellence Monsieur le Ministre des Travaux Publics" un procès-verbal relatif à :

"...un accident qui a eu lieu le 9 du même mois dans la mine des Pilles, concession de Pigère et Mazel, où le mineur Jean-Pierre Balme a péri écrasé par un éboulement.
Ci-joint le rapport que M. Massieu a rédigé sur le malheureux événement... Il en résulte que ce sinistre est dû à l'imprudence de la victime et des quatre autres ouvriers de son poste qui, pour augmenter leur profit ont travaillé dans un atelier interdit où l'abattage de la houille était plus facile.
Il serait utile, pour le bon exemple, que des poursuites fussent intentées contre eux par le tribunal compétent.
L'ouvrier Balme laisse une femme enceinte et dans l'aisance".

Déjà, le 3 mai précédent, ce même ingénieur avait écrit un autre procès-verbal de la même eau :

"relatif à un accident qui a eu lieu le 14 avril dernier dans la mine de Pigère et Mazel, où le mineur Etienne Vézolles a péri écrasé par un bloc du toit en travaillant dans un atelier interdit et banni par un mur en pierre sèche, contrairement au règlement.
Cet ouvrier a donc été victime de son imprudence et de sa désobéissance. Il était célibataire.

Dans le déroulement de cette étude -où nous revivons la fin du 19 ème siècle- j'ai essayé de suivre la réalité locale à travers de nombreux documents. Il est vrai que la mine "payait ses hommes", mais elle exigeait  aussi beaucoup d'eux. Et nous pouvons comprendre, après la lecture des extraits précédents, que le mineur demeura longtemps désarmé. Jusqu'à la mise en application de la loi du 9 avril 1898, relative à la réparation des accidents du travail, ceux-ci entraient dans le cadre du droit commun concernant la responsabilité. C'était à l'ouvrier ou à ses proches qu'il incombait de fournir la preuve d'une faute de son employeur.

C'est seulement le 21 avril 1910 qu'une loi établit un régime spécifique pour les mines. le bassin houiller du Gard regroupait également les filons de l'Ardèche, de la Drôme et de la Lozère. Un ingénieur en chef résidait à Alès, assisté par un ingénieur et des contrôleurs des mines. De plus, le préfet de chaque département pouvait édicter des arrêtés concernant les mines de son ressort, et il restait le représentant de l'État. Mais le législateur ne s'est que lentement préoccupé du domaine minier. La loi sur les associations professionnelles ne fut votée qu'en 1884. C'est en 1890 que l'on décida la nomination de délégués à la sécurité des ouvriers mineurs. Leur compétence ne fut étendue qu'en 1906 au contrôle du repos hebdomadaire, puis en 1910 et 1913 à celui du respect de la durée hebdomadaire du travail. D'innombrables textes ont suivi. L'un des derniers fut l'ordonnance qui décida l'indemnisation de la silicose... le 2 août 1945 ; un peu tard !

Il est certain que les accidents du travail furent nombreux à Banne. On a eu l'amabilité de me permettre la lecture d'un des carnets du Docteur Roche : un médecin qui vécut sa profession comme un apostolat. Les Vans fut sa résidence, mais il fut aussi médecin des mines. Puisqu'on me l'a demandé, je ne citerai pas de nom. Pourtant j'ai été impressionné par le nombre des appels qu'on lui fit. Des documents aussi, comme certains avis de décès, complètent notre compréhension de ce métier dangereux.

Avis de décès

Le 10 juillet 1850, Assénat Baptiste, âgé de 43 ans, décédé à 4 heures du soir par accident aux mines  situées à Pigère.

Le 18 mai 1869, Domergue Valentin Augustin, âgé de 29 ans, décédé à 9 heures du matin dans la mine haute de Sallefermouse.

Le même jour, Chamboredon Félix Germain, âgé de 18 ans, décédé à la même heure et dans le même lieu.

Le 13 août 1879, Allègre Amboise, âgé de 39 ans, décédé à 8 heures du matin, à la mine de houille du Cros-Rieutord.

Le 6 mars 1881, Brahic François Lucien, âgé de 38 ans, décédé à 2 heures du matin dans le puits de recherches de la Cie houillère de Montgros, à Doulovy.

Le 28 novembre 1882, Brahic Caliste Théophile, âgé de 26 ans, décédé à 3 heures du soir dans la galerie du puits de recherches de la Cie houillère de Montgros.

Le 11 juillet 1884, Niveau Odilon Numa, âgé de 27 ans, décédé à 11 heures du matin dans la maison de la Cie houillère, au lieu et commune de Banne.

Le 7 janvier 1885, Combaluzier Gaston Marcellin, âgé de 21 ans, décédé à 3 heures du matin dans le puits d'exploitation de M. de Lavernède, au quartier du Doulovy.

Le 6 novembre 1885, Talon Paul, âgé de 24 ans, décédé à 9 heures du matin dans la mine de Pigère.

Le 24 mai 1895,Alméra Casimir Auguste, âgé de 40 ans, décédé à 10 heures du matin dans la mine du Bois Commun.

En 1878, dans une lettre circulaire adressée aux diverses directions des mines de son ressort, l'ingénieur en chef recommanda de renforcer les contrôles de sécurité du lundi matin "car les hommes peuvent être moins vigilants à la suite des abus du dimanche".

C'est aussi que l'enfermement sous terre, la présence constante du danger, les efforts physiques permanents d'autant plus pénibles pour les mineurs du fond que nous savons qu'ils devaient pour la plupart accomplir un long trajet à pied pour venir au travail et rentrer chez eux, rendaient le métier écrasant pour des hommes dont beaucoup n'atteignirent même pas l'âge de la retraite, fixée pourtant à 55 ans, après trente années de travail (loi du 29 juin 1894). Nous pouvons donc comprendre ces joyeux dimanches de détente que nous avons déjà évoqués et qu'un délégué à la sécurité décrit ainsi : "après six jours d'Enfer, un jour de Paradis, souvent gâché par la boisson".

Car, si notre fin de 20 ème siècle utilise souvent la drogue sous ses aspects les plus divers, le siècle dernier fut celui de l'alcool, avec une distribution insidieuse et massive, qui fut un réel phénomène sociologique de masse. De 1850 à 1900, la consommation d'alcool pur par habitant passa de 1,46 à 4,67 litres, et l'alcoolisme des milieux aisés fut aussi important que celui des milieux ouvriers et ruraux. Le dimanche demeura encore longtemps le jour de l'Église, mais il devint aussi peu à peu celui du bistrot.

Ainsi, à cette époque, de nombreux débits de boisson s'ouvrirent à Banne et à Saint-Paul-le-Jeune ; également à proximité des puits. On venait y "noyer la poussière" . Du vin, mais surtout de la gnôle, et la fameuse absinthe de l'époque qui empoisonna deux générations. Car l'oïdium (vers1850) puis le phylloxéra (vers1870) ayant ravagé la vigne, la production du vin baissa considérablement, et l'industrie de la distillation se tourna vers la pomme de terre, le topinambour, la betterave er la mélasse de canne à sucre pour produire des alcools don la consommation se substitua, hélas trop souvent, à celle du vin.

Les cafés ont été cependant un lieu de sociabilité. On y buvait, certes, mais on y jouait aux cartes, au loto, aux boules. Les billards furent très nombreux dans les deux communes. Ces débits étaient aussi un lieu de discussion. Le siège du Syndicat des mineurs fut longtemps dans l'un d'eux. On y dansait également à plusieurs endroits, le dimanche, en plein air ; ce qui constitua, pendant des années, un scandale pour le clergé.

Ne voyons pas pourtant, dans les anciens cafés de nos deux communes, des lieux de perdition. Ils furent surtout des lieux accueillants, où l'on pouvait retrouver la chaude familiarité de la mine, le goût du rire et de la détente, à une époque où l'on n'était pas sollicité par d'innombrables divertissements, et qui possédait un tout autre sens de la distraction et de la fête que de nos jours. Cette sociabilité s'explique aussi par le nombre des habitants des deux communes confondues. Leur population s'élevait à 3416 habitants en 1856, soit plus de double de celle d'aujourd'hui. D'autre part, depuis l'ouverture de la voie ferrée en 1876, de nombreuses familles prirent l'habitude de venir par le train, durant la belle saison, "passer la journée à la campagne". Débarquées à Saint-Paul-le-Jeune, la plupart se rendaient aux baignades de la Ganière, d'autres flânaient dans la campagne, mais tous se retrouvaient en fin d'après midi dans les cafés pour participer aux jeux, et rentraient par le dernier train du soir, bondé.

Remarquons que la graphie Alais, utilisée depuis le 17ème siècle, avait remplacé celle d'Alès plus ancienne. Cette dernière fut reprise, à la demande du conseil municipal de la ville, à la suite d'un décret ministériel du 8 août 1926.

Si la première fête de la Sainte Barbe fut célébrée à Banne en 1822, les pratiques sociales traditionnelles marquant la fin de certains travaux agricoles se maintinrent encore longtemps. l'habitude des veillées en hiver où les liens de parenté, de voisinage ou ou de simple affinité réunissaient les groupes, s'est conservée par endroit jusqu'à la dernière guerre. La pratique religieuse et l'observation de ses règles s'est aussi poursuivie. Nos mineurs-paysans acceptaient d'accomplir à pied de longs trajets quotidiens plutôt que de quitter le milieu familial, la maison et la terre. Les grèves ne furent généralement suivies que lorsqu'elles survenaient à des périodes de gros travaux agricoles. Ainsi la tradition locale, l'appartenance confessionnelle, les données sociologiques font qu'au 19ème siècle, à côté des "pays miniers rouges" du Gard, Banne est demeuré, si l'on peut dire, un "pays minier blanc" . Alors que la situation à Saint-Paul-le-Jeune a été plus confuse.

Les dangers du métier, l'immobilité des salaires, la durée exagérée des journées et des semaines de travail, diverses revendications ont parfois libéré le flots des récriminations. Elles ont été diversement interprétées par les uns et les autres. Seules une longue recherche et une étude patiente pourront permettre de comparer les groupes divers des mineurs de notre région.

 

Gaston PAYSAN

 


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