Ce château, qui ne présente aujourd'hui que des ruines, était un des plus forts et des plus opulents du Moyen-Age. Sa position seule, au haut d'une roche escarpée, dominant toutes les avenues, le mettait à l'abri d'un coup de main. Il avait un fort détaché vers le couchant, des ouvrages de défense vers le levant, un pont-levis, un chemin souterrain et trois tours, dont l'une carrée et les deux autres circulaires ; elles étaient percées de meurtrières dans toutes les directions. Sa disposition intérieure et la richesse de son aménagement en faisait aussi une demeure digne des riches et puissants Seigneurs du Roure.
Il avait 170 mètres de long sur 80 de large. A la naissance du fort détaché, immédiatement après avoir tourné les maisons, il y avait un mur de fermeture au milieu duquel s'élevait un grand portail. De ce point partait une rangée de cyprès qui longeaient les maisons attenantes au mur de clôture et allait aboutir à la montée du Fer à cheval. La plate-forme entre le fort détaché et la château proprement dit était garnie de gazon et avait au centre un immense réservoir.

les écuries du château. Dessin de Claude PELTIER -BANNE-


L'écurie, longue de 54 mètres sur 13 mètres de largeur, avait une crèche en pierre de taille de la plus grande dimension dans le sens longitudinal. Les eaux qui alimentent maintenant la fontaine du Pichon montaient par le moyen de bourneaux , jusqu'à la cinquième fenêtre où elles étaient reçues dans une auge. De là, elles bifurquaient pour se répandre : une branche dans le réservoir de la plate-forme et l'autre dans un second réservoir à jet d'eau pratiqué au milieu du jardin oriental. Les pierres de ce réservoir forment celui du jardin de la "Maison Colomb" aux Vans. En face du Fer à cheval, revêtu d'une belle rampe en pierre à colonnettes détachées, se trouvait le pont-levis qui donnait entrée au château. C'était là qu'était le grand portail en style rustique qu'on retrouve encore à la maison des Lèbres, mais dont on a notablement diminué les proportions. Au-dessus de la corniche on pouvait lire, gravée sur un fond noir en grosses lettres d'or, cette inscription :

SI FRACTUS ILLABITUR ORBIS
IMPAVIDIUM FERIENT RUINAE

" quand bien même l'univers sombrerait,
Impassible, au milieu des ruines, je resterais."

Deux énormes lions de pierre se détachaient du mur, semblant le protéger. De ce portail, on pénétrait d'abord dans le pavillon formant l'aile droite du corps de bâtiment. Il avait 3 mètres de largeur sur 15 mètres de longueur ; il était composé d'abord d'un rez-de-chaussée ouvert à tous les vents dans sa face orientale et orné de deux pilastres, et ensuite vers un premier avec balcon, portes à vitres et fenêtres donnant sur le levant, au midi le mur était percé d'une seule croisée. Ce pavillon faisait face à un autre, tout à fait semblable, situé à l'autre extrémité de la maison dont il formait l'aile gauche. Ces deux pavillons étaient couverts en briques luisantes de diverses couleurs. L'espace contenu entre les deux, c'est-à-dire au dessus de le voûte de l'écurie, était une terrasse très bien pavée et entourée d'un accoudoir en pierre de taille. La façade principale du côté du midi avait en longueur 48 mètres, sans comprendre les pavillons ; elle était composée de deux étages et d'un rez-de-chaussée aux trois rangs de fenêtres ; elle avait deux portes d'entrée : celle de la cuisine, de forme carrée avec un perron également carré à 11 mètres du pavillon de droite, et la porte monumentale à plein cintre, percée jusqu'au milieu, ayant aussi un perron de forme circulaire. La porte carrée fermait un petit corridor ; en face se trouvait la cuisine, à gauche, trois petites pièces contenant les archives et papiers, et une autre salle à droite. La grande porte donnait entrée au grand corridor allant du midi au nord dans lequel prenait naissance l'escalier menant aux étages supérieurs. Après ce corridor, dans le sens oriental, était une serre où le soleil pénétrait par deux grands carreaux ouverts sur la façade, puis encore une pièce suivie de la cuisine et petits appartements destinés aux fermiers.
Le premier étage comprenait, entre autres pièces remarquables, au midi la grande salle de compagnie et celle de la comédie, au nord la chambre de Madame la Comtesse et celle du Roi Hérode, ainsi appelée parce que son portrait et le massacre des innocents s'y trouvaient peints sur les murs.
Le second étage était partagé par un corridor allant du levant au couchant et en sens inverse du premier. De droite à gauche s'ouvraient des chambres. C'est à cet étage qu'était la chapelle du château. Le reste de la chapelle qu'on retrouve dans le terrain appelé jardinet, au levant de l'écurie, était tout simplement un petit sanctuaire dédié à Marie. La toiture de l'édifice était à deux eaux dans le sens du midi et du nord.
La tour carrée était attenante à la vignette, petite terrasse appelée de ce nom parce qu'apparemment on y avait planté de la vigne ; elle s'élevait à une grande hauteur et se terminait en forme de clocher à pointe de diamant garni de briques luisantes. La tour circulaire située à l'angle levant côté nord visait sur la plaine des Lèbres et n'avait pas moins de 11m20 de rayon. A côté était la citerne dont il reste encore quelques parties de ciment qui l'enduisait. L'autre tour circulaire, moins grande que celle-ci, était à l'angle gauche du midi. Toutes deux se terminaient en cône et étaient, comme la tour carrée, recouvertes de briques de couleur. Les prisons étaient au niveau de l'écurie, entre les deux tours circulaires ; on y descendait par une poterne. La façade nord n'avait pas de pavillons comme celle du midi, mais elle avait une terrasse tout à fait semblable, quoique moins longue, au dessous de laquelle étaient des caves correspondantes à l'écurie ; elle faisait aussi un petit avant-corps où se trouvaient des chambres dites garde-meubles.

Telle était la forme de cette belle et gracieuse maison qui, d'après la tradition locale, comptait autant de fenêtres que de jours dans l'année.