l' industrie du fer à BANNE

 

Si les mines de charbon de Banne sont assez bien connues et ont fait l'objet de quelques publications, par contre  l'existence de mines de fer est souvent ignorée. Pourtant 3 concessions de ces mines furent allouées dans les communes de Banne et de Saint Paul le Jeune, au cours du 19 ème siècle.
Nous allons les étudier successivement en suivant la chronologie de leur attribution.

 

1- Concession des mines de fer
de Sallefermouse et Montgros

La concession des mines de fer de Sallefermouse et Montgros fut attribuée par un décret impérial du 14 mars 1857 aux sieurs Pagès, Gadilhe, Colomb, Rivière de Larque, concessionnaires des mines de houille de Pigère, Mazel et Sallefermouse; et aux sieurs Moury, Bergeron et Cie, propriétaires de l'usine de fer des Salles de Ganière.
Elle était située dans les communes de Banne, Brahic, Saint-Paul le Jeune, arrondissement de Largentière (Ardèche) et de Castillon, arrondissement d'Alais (Gard), et avait une superficie de 2365 hectares. La demande de cette concession avait été reçue et enregistrée à la préfecture de l'Ardèche le 19 avril 1847 sous le n°21 et à la préfecture du Gard le 20 avril 1847 sous le n°10. Elle était formulée par :
- Jean Baptiste Isodore Pagès et Jean Jacques Gadilhe, propriétaires à Banne.
- Henry Colomb père et Albin Colomb fils, propriétaires rentiers domicilié aux Vans.
- Paul Bruno Rivière de Larque, conseiller référendaire à la cour des comptes, demeurant à Paris.
- Jules Leclerc, maître des forges, résidant à Robiac.
Les articles 5 et 6 du décret impérial indiquaient que les propriétaires de la surface devaient recevoir une somme de 8 centimes par tonne de minerai extrait et trié, plus une indemnité pour les dégâts et la non jouissance du terrain.
Dans le cahier des charges annexé au décret de concession, il était mentionné que les concessionnaires fourniraient à l'usine des Salles de Ganière la quantité de minerai nécessaire à l'alimentation de cette usine au prix fixé par l'administration. Le directeur des mines de fer était M. Pagès.
L'inventeur du gisement fut la Compagnie Leclerc de Pranghe, compagnie fermière des hauts fourneaux de Bessèges, qui fit une demande de concession le 7 mars 1843.
Cette compagnie devint ensuite la compagnie Pierre Willmar le 27 avril 1843, puis la compagnie des forges de Bessèges ou Compagnie Terret le 6 octobre 1847. Ces diverses compagnies furent les premières à effectuer des travaux de recherches, en particulier la compagnie Pierre Willmar, au massif de Montgros, et la compagnie des forges de Bessèges près du pont de Gournier et dans le ruisseau du Merle.
Cependant le Préfet de l'Ardèche, sur avis des ingénieurs des mines, estima dans une lettre adressée au Ministre des Travaux Publics dès 1852, que la compagnie des forges de Bessèges, ci-devant compagnie Willmar était pourvue pour l'alimentation de ses hauts fourneaux, en minerai pour 15 années au moins et avait devant elle des éventualités favorables. Il demanda d'accorder la préférence pour l'attribution de la concession des mines de fer de Sallefermouse et Montgros, dans l'intérêt public, aux concessionnaires des mines de houille de Pigère, Mazel et Sallefermouse pour qu'ils puissent développer leurs mines en utilisant leur charbon menu et aux propriétaires de l'usine de fer des Salles de Ganière qui ne possédaient pas de concession de fer pour qu'ils soient aptes à assurer l'avenir de leur usine déjà construite et autorisée.
Le destin des mines de fer de Sallefermouse Montgros et de l'usine des Salles de Ganière étant intimement lié comme nous le verrons, il nous semble indispensable de donner quelques renseignements sur les hauts fourneaux des Salles. Leur construction débuta en 1847, sous la direction de Jules Leclerc, maître des forges, résidant à Robiac. Puis Drouillard et Paul Benoist, maîtres des forges à Alais, apportèrent des capitaux pour assurer le développement de l'usine: la société Drouillard-Benoist fut constituée.
Les hauts fourneaux furent autorisés à fonctionner par un décret présidentiel du 18 mars 1949.
La compagnie métallurgique des Salles de Ganière et la compagnie houillère de Banne (Pagès, Gadihle, Colomb père et fils et Paul Bruno Rivière de Larque) conclurent un accord en 1852 pour la fourniture durant 20 ans, de houille menue (15000 tonnes par an) au prix de 5 francs la tonne. Mais par suite d'une conjoncture défavorable, les hauts fourneaux fonctionnèrent mal et furent souvent au chômage. Un procès éclata entre Jules Leclerc d'une part et Drouillard et Benoist d'autre part pour obtenir la gérance de la société, si bien que le 17 novembre 1853, une nouvelle société des hauts fourneaux des Salles de Ganière fut créée sous la raison sociale "Moury-Bergeron et Cie" (Jules Bergeron était un riche négociant nîmois qui apportait des capitaux). Jules Leclerc resta directeur. L'usine de fer comprenait 2 hauts fourneaux, 1 mazerie pour affiner (purifier) la fonte, 48 fours à coke et 6 fours à griller le minerai.
Les limites de la concession étaient formées :
- au Nord: par une ligne droite tirée du clocher de l'église de Grand-Brahic au milieu du pont de Pigère, puis une droite tirée de ce dernier point au clocher de l'église de Banne.
- à l'Est: par une droite tirée du clocher de l'église de Banne à Sauvas (ce dernier point étant l'un des sommets du périmètre de la concession des mines de fer de Pierre-Morte instituée par l'ordonnance royale du 29 juillet 1841).
- au Sud: par une ligne droite tirée de Sauvas au milieu du pont de la Ganière, appelé aussi, pont vieux, situé entre la Boudène et la Brique en Bois. Il était encore en service en 1857 (le pont du Martinet ou pont neuf ou de Combe Robert n'était pas encore construit).
- à l'Ouest: par une ligne droite tirée du milieu du pont de la Ganière au milieu du pont d'Abaud (sous Malbosquet), du milieu du pont d'Aubaud au milieu du pont de Gournier, du milieu du pont de Gournier au hameau de Martrimas et de ce point au clocher de l'église de Grand-Brahic point de départ.
Le gisement portait principalement sur la terrain houiller et le trias. Le houiller s'appuie à l'ouest sur le micaschiste, et le trias est recouvert à l'Est par les terrains jurassiques. La direction générale de la stratification est Nord-sud.
On distingue 4 couches ferrugineuses dans le terrain houiller et jurassique:
1- au voisinage du contact entre le terrain houiller et les micaschistes. Des travaux de recherches n'avaient montré, près du pont de Gournier que des grès ferrugineux à 15% de fer.
2- dans les conglomérats de base du houiller où aucun travail de recherche n'avait été effectué.
3- au mur des couches de houille de Sallefermouse et de Pigère. Le minerai s'y trouvait sous forme de sphérosidérites. Des galeries de recherche avaient été creusées dans le ravin du Merle, dans celui du Rieutord, à la maison de la Clède et dans le ravin du puits Brûlé, près des couches de charbon Pilles. Tous ces travaux n'avaient rencontré que des rognons de minerai de fer trop isolés pour pouvoir exploiter avec profit.
4- entre les grès inférieurs et les marnes moyennes du trias. C'est dans cette zone que se trouvent les seuls gisements de quelque importance:
Une seule couche ferrugineuse, située au dessus des grès grossiers de la base du trias se suit avec continuité du Mazel au Frigolet mais elle varie de puissance et surtout de richesse.
Des recherches, avant exploitation se firent à Montgros, dans les ravins de Champ-Cheyron et de Champval et dans la région du Frigolet.
L'exploitation s'était surtout développée au voisinage du Frigolet où l'on avait exploité, de 1857 à 1860, deux quartiers dits "de la galerie de Talon et du puits Brun" sur une longueur de 400 mètres. Le minerai extrait du quartier de Frigolet, d'une teneur de 25% à 30% de fer était traité aux hauts fourneaux des Salles de Ganière. Les mines et les hauts fourneaux cessèrent leurs activités en 1861.
La compagnie Jules Bergeron-Moury fut déclarée en faillite.
Un concordat du 14 décembre 1863 autorisa Bergeron à vendre ses biens, en particulier ses mines et usines tant à Castillon que dans l'Ardèche.
La société Pagès-Gadihle-Colomb-Rivière de Larque-Bergeron-Moury fut liquidée après l'arrêt des mines. Le préfet de l'Ardèche adressa aux concessionnaires, le 7 mars 1877 et le 26 août 1894 des mises en demeure de reprendre l' exploitation de leur concession.
Le 19 décembre 1894 le ministre des travaux publics publia un arrêté qui déchut les propriétaires de la concession des mines de fer de Sallefermouse et Montgros.
Le 14 novembre 1895 la concession fut mise en adjudication publique. Mais cette dernière fut infructueuse. La concession redevint au domaine de l'État. C'est alors que le 6 août 1910, M. de Mimorin demeurant au château de Guychardeaux à Saint-Géraud de Vaux (Allier) fit connaître au Préfet de l'Ardèche qu 'il était désireux d'acquérir la concession des mines de fer de Sallefermouse et Montgros.
Presque à la même date, le 16 août 1910, M. Forget, président du conseil d'administration de la société des mines d'or de la Gagnière annonça qu 'il serait également disposé à faire l' acquisition de cette même concession. Une adjudication publique, même restreinte, devenait nécessaire. Elle eut lieu le 8 mars 1911 avec mise à prix de 1000 francs. Deux adjudicataires seulement s'étaient présentés: Robert Forget et Pellegrin agissant aussi pour le compte de cette société: Pellegrin fut adjugé propriétaire de la concession pour 1010 francs. Le 17 janvier 1917, la société des mines d'or de la Gagnière, 1 square la Bruyère à Paris, demanda la réduction de la surface de la concession de Sallefermouse et Montgros, afin de diminuer la taxe qu'elle devait verser à l'État, puis l'abandon définitif de la concession avant de revenir sur sa première demande.
Enfin le ministre des Travaux Publics demanda en avril 1927 qu'une procédure de déchéance soit engagée contre les concessionnaires des mines de fer de Sallefermouse et Montgros, pour non-paiement de la redevance. Il ne semble pas que la société des mines d'or de la Gagnière ait réalisé dans cette concession des travaux d'exploitation ou même de recherche.
Des vestiges des mines de fer de Sallefermouse et Montgros existent:
1- le puits des Monèdes dans la commune de Saint-Paul le Jeune (section A1 parcelle 254). IL avait une profondeur de 90 m et un diamètre de 4m20.
2- le puits de Petit-Brahic dans la commune de Saint-Paul le Jeune (section A parcelle 187), d'une profondeur de 30m et d'un diamètre de 2m20. Il fut remblayé en 1898 par Roux propriétaire du terrain pour la somme de 250 francs, sous la surveillance du services des mines.
3- le puits du Bouffayou, appelé autrefois Gouffayou, dans la commune de Saint-Paul le Jeune (section A parcelle 601). Il avait une profondeur de 15 m et un diamètre de 2m50.
Tous ces puits furent recouverts par une dalle de béton en 1997.    

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2- Concession des mines de fer
des Avelas

 

La concession des mines de fer des Avalas fut accordée par un décret impérial du 17 juin 1868 à la Compagnie des Fonderies et Forges de Trendier, La Voulte et Bessèges, dont le siège était 8 rue Saint Hélène à Lyon. four à fer

La demande de cette concession avait été faite le 6 octobre 1866 par M. Julien, directeur de la Compagnie des Fonderies et Forges de Terrenoire, La Voulte et Bessèges. Elle était située dans la commune de Banne.
Les inventeurs du gisement de fer des Avelas étaient Hippolyte Drouillard et Denis Benoist, maîtres des forges à Alais (Gard). Ils avaient fait une demande de concession en 1842 et furent autorisés à utiliser le minerai de fer, issu de leurs recherches dans les hauts fourneaux d'Alais par un arrêté du 7 août 1843, renouvelé le 29 janvier 1850, mais ils n'obtinrent pas la concession.
La concession des Avelas avait une petite superficie : seulement 233 hectares 84 ares.
Le gisement s'étendait de la maison Soulier (Les Soulières sur la carte IGN) jusqu'aux Avelas sur une longueur de 1400 mètres et s'enfonçait sous la formation jurassique.
Le décret impérial de concession mentionnait que la Compagnie concessionnaire devait payer une redevance annuelle de 10 centimes par hectare aux propriétaire du sol et une redevance fixe et proportionnelle au gouvernement. Il était ajouté que l'usine de fer de Bessèges, appartenant à la Compagnie des Fonderies et Forges de Terrenoire, La Voulte et Bessèges, malgré la possession de 10 concessions ne pouvait s'alimenter dans aucune d'elles, de la qualité spéciale de minerai que contient la mine des Avelas. La teneur en fer du minerai était souvent exceptionnelle, pouvant atteindre 90%.
Les travaux d'exploitation ne durèrent que quelques années. Une mise en demeure de reprise des travaux fut assignée le 7 mars 1877 à la compagnie concessionnaires.
En 1890, les usines de Bessèges furent acquises par la compagnie des mines, fonderies et forges d'Alais. Cette dernière fit une demande de renonciation de la concession des Avelas en 1911. Elle fut acceptée par un décret présidentiel du 15 juin 1912.
Il existe quelques vestiges de l'activité dont un magnifique four à fer bien conservé près d'un remblai et d'une galerie.

  
3- Concession des mines de fer
de Rulames

 

Sise au sud de la concession des mines de fer des Avelas.
Elle était située dans la commune de Banne et Saint-Paul le Jeune et avait une superficie de 385 hectares. 
La concession des mines de fer de Rulames fut accordée par un décret présidentiel signé Mac Mahon le 14 avril 1874 à la compagnie des forges d'Alais qui avait fait la demande de concession le 14 octobre 1872.
La compagnie des forges d'Alais qui possédait les concessions des mines de fer de Saint Julien de Valgagues, de Portes-Comberonde, de Palmesalade dans le Gard et de Merzelet dans l'Ardèche ainsi que la concession de houille de Trélys (Le Martinet) donna la concession de Rulames en fermage à la compagnie  des Fonderies et Forges de Terrenoire, La Voulte et Bessèges dont le représentant était M. Jouguet à Bessèges.
Cette dernière compagnie possédait dans la région les concessions de mines de fer :
- des Avelas attibuée le 17 juin 1868
- de Travers-Coste de Long attribuée le 5 mars 1833
- de Bordezac attribuée le 5 mars 1833
- de Bessèges et Robiac attribuée le 16 juillet 1828
- de Pierre-Morte attribuée le 29 juillet 1841
et la concession de houille de Lalle concédée le 30 avril 1828.
En plus d'une redevance fixe et proportionnelle payée à l'État, le décret présidentiel avait établi une redevance tréfoncière de 10 centimes par hectare attribué, aux propriétaires du sol. En 1877, la concession de Rulames n'était plus exploitée.
En 1910, la Compagnie des Forges d'Alais fit une demande de renonciation de cette concession.
Il existe au niveau de la nouvelle zone artisanale des Avelas, les vestiges de 2 puits de mines qui furent remblayés en 1981. L'un est situé près de l'ancienne voie ferrée à 230 mètres de la route départementale 104, l'autre en bordure de cette route à 270 mètres du carrefour des Avelas en allant vers Cheyrès.

Christian TARDIEU
avec le concours d' Andrée MANAS
pour les recherches aux archives départementales de l' Ardèche à Privas
      
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