le viaduc du Doulovy
Le gisement houiller de Banne, situé dans une région au relief tourmenté et difficile d'accès, s'étendait du Nord au Sud : de la faille de Bannelles à la rivière de la Ganière.
Des quatre concessions accordées : Pigère-Mazel et Sallefermouse en 1822 puis Montgros et Doulovy en 1836, seules les deux premières furent vraiment exploitées. Elles le furent d'abord par la Compagnie Houillère de Banne jusqu'en 1909 puis par la Société Houillère du Nord d'Alais dont le siège était à Saint-Martin de Valgagues dans le Gard, enfin après leur nationalisation en 1946 par les Houillères du Bassin de Cévennes.
Après une première fermeture des mines en 1935, une exploitation reprit de 1941 à 1950 à la suite de la pénurie en matières premières due à la guerre.
La concession de Pigère-Mazel située au Nord du gisement houiller fut la première a être bien exploitée, en raison de sa facilité d'accès. En effet, les mines de Pigère et de Garde Giral étaient reliées aux Vans par une route que pouvaient emprunter les charrettes (la route des Vans à Chamborigaud) et les mines du Mazel étaient réunies au hameau du Fort de Banne par une voie ferrée de petite dimension (0m80 d'écartement et longue de 2 km) : le chemin de fer de la Combe.
Par contre les mines de Sallefermouse situées au sud du gisement houiller étaient isolées dans une zone encaissée sans chemin carrossable et étaient peu exploitées.

Mais l'ouverture de la ligne de chemin de fer (à l'écartement large de 1m435) Robiac-Le Teil en 1876 permit à la Compagnie Houillère de Banne de désenclaver les mines de Sallefermouse par la construction d'un chemin de fer à voie étroite (0m80 d'écartement) destiné à transporter le charbon extrait des mines nouvellement ouvertes de Salfermouse au quai de chargement de la ligne PLM située entre les gares de Saint-Paul-le-Jeune et des Salles de Ganière (actuellement Gagnières).
Cependant les galeries et les puits de charbon ainsi que le carreau de la mine situé dans le bois commun de Banne, qui recevait tout le charbon extrait pour être trié et lavé avant d'être chargé dans des wagonnets, se trouvaient sur la rive droite du Doulovy.
Alors que le quai de transbordement près de la ligne PLM était situé sur la rive gauche à deux kilomètres plus au Sud.
Le franchissement du ruisseau du Doulovy était donc indispensable. Pour cela, la Compagnie Houillère de Banne construisit dès 1876, au niveau du confluent des ruisseaux du Doulovy et du Merle et à une hauteur suffisante pour ne pas avoir de dénivellation sensible, un imposant viaduc, véritable chef d'œuvre industriel.

viaduc du Doulovy BANNE Ardeche

Ce viaduc appelé Doulovy et quelquefois Colomb du nom de son constructeur, le président de la Compagnie Houillère de Banne, mesure 235 m de long, avec une largeur de passage de 2m35. Il est composé de 24 arches dont la plus haute mesure 35m. Les angles des piliers et les bords des arches sont en pierre de taille. Sa construction avait coûté 120000 francs.
Le sable nécessaire à son édification avait été pris aux sablières du Frigolet. Les propriétaires actuels sont les communes de Banne et Saint-Paul-le-Jeune.
La mise en place de la voie ferrée de 0m80 (rails en acier de 6 kilos, traverses et pose) s'était élevée à 7 francs le mètre.

viaduc du Doulovy BANNE Ardeche transport du charbon

A la sortie du viaduc se trouvait l'embranchement du chemin de fer venant de la mine de Montgros.
La Compagnie Houillère de Banne et celle de Montgros construisirent à frais communs le prolongement du chemin de fer sur 2 km jusqu'à l'embranchement avec la ligne PLM, à la sortie Sud du tunnel du Frigolet.
Près du quai de transbordement, une petite baraque avait été construite pour abriter les ouvriers en cas de mauvais temps.
Les wagonnets de ce chemin de fer étaient tirés par des chevaux. Un cheval tractait une quinzaine de wagonnets (il persiste les ruines des écuries en contrebas du viaduc). Aussi, ce chemin de fer devait avoir un tracé aussi horizontal que possible. Du carreau de la mine du Bois Commun (côte244) à l'embranchement avec la ligne PLM (côte239) en passant par le viaduc du Doulovy (côte243,70) le dénivellement était de 5 m pour une distance de 3 km environ, soit un pourcentage inférieur à 0,2%.
Les dénivellations importantes étaient maîtrisées par des plans inclinés. Ils nécessitaient la présence de deux ouvriers. Les wagonnets pleins faisaient monter les vides. A cette poulie, un ouvrier, le "freineur", actionnait un frein pour ralentir la descente des berlines. En bas, un autre ouvrier surveillait l'arrivée des wagonnets pleins.

viaduc du Doulovy BANNE Ardeche

En 1920, les chevaux furent remplacés par des locomotives à essence Oberursel de marque allemande de 4 tonnes permettant de faire des convois de 15 wagons à l'allure de 5 km à l'heure. Ce fut aussi à cette date que le chemin de fer fut relié aux mines de Pigère, de Garde Giral et du Mazel.
A la suite de l'abandon des travaux des mines de Banne en 1935, les rails et traverses furent démontés, le matériel roulant vendu, seuls persistèrent le viaduc du Doulovy et le tracé des voies utilisés encore aujourd'hui par les chasseurs de sangliers et les randonneurs.
Lors de la reprise des travaux, en 1941, aux mines de Banne, l'exploitation des gisements de Pigère et de Sallefermouse ne justifièrent pas le rétablissement de la voie ferrée à petite dimension, le tonnage fut évacué par des camions. Le viaduc du Doulovy ne fut donc pas utilisé.
Près du viaduc, se trouve le puits Lavernède fondé pour l'extraction du charbon (de la concession du Doulovy) au début des années 1880 à la profondeur de 374m. Mais son exploitation fut décevante pour ne pas dire nulle.

viaduc du doulovy

On peut distinguer encore :

- Le chevalement qui abritait l'orifice du puits et les molettes (énormes poulies sur lesquelles passaient les câbles d'extraction). C'est une construction en pierre de type hangar à l'architecture particulièrement soignée. La partie Sud comporte une arcade en plein cintre permettant l'accès au puits, au-dessus on distingue un oculus .
- En arrière, presque accolé au chevalement un bâtiment toujours en pierre qui contenait la machine d'extraction marchant à la vapeur.
- Une autre bâtisse légèrement à l'Est abritant en autres les bureaux.
- Un peu en hauteur et à l'Est de ces bâtiments un grand bassin qui contenait l'eau nécessaire au fonctionnement des machines à vapeur.

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Dr Christian TARDIEU