textes de J.L ROUDIL
Directeur de Recherche au CNRS

photos Marc BLACHERE

voir : la stèle anthropomorphe

et son moulage (juillet 2005)

 

Il y a un siècle et demi, vers 1850, les pionniers de la préhistoire ardéchoise ont entrepris de fouiller l'intérieur de ces grands monuments formés de lourdes dalles que l'on appelle les dolmens. Vers 1900 déjà, on en dénombrait plusieurs centaines. On sait aujourd'hui que la Basse Ardèche en compte environ 700 -chiffre record pour un département- quand on compare à d'autres régions de France.
Les dolmens sont des tombes collectives qui dans le sud-est ont été construites à partir de 3000 ans avant notre ère et dont l'utilisation, dans certains cas a duré plusieurs siècles. Leur usage était semblable à celui de nos caveaux de famille actuels. On y a déposé des dizaines de corps successivement.
Ce qui reste de ces monuments correspond à l'architecture interne, la partie centrale formant une chambre bâtie avec des dalles. Une accumulation importante de matériaux : éboulis, terre, etc... ensevelissait le tout, maintenant sa solidité et assurant une étanchéité relative à la chambre. Un passage étroit permettait de pénétrer, à chaque fois qu'on devait ajouter un corps dans la chambre.
A l'origine, l'aspect des dolmens était celui de tumulus, souvent soutenus à la périphérie, par un mur, comme le sont aujourd'hui les empierrements ou les capitelles. Les constructeurs de dolmens vivaient d'agriculture (blé, orge) et d'élevage. Les animaux domestiques : chèvres, moutons, porcs, étaient la base de leur économie. Les dolmens ardéchois sont nombreux mais de petite taille. Chacun a dû correspondre à un groupe social bien délimité, famille, clan, ou tribu.
La plupart du temps, les dolmens forment dans la nature des groupements assez serrés -on parle alors de nécropoles, par référence à celles de l'antiquité classique. En Basse Ardèche, les dolmens sont groupés dans un triangle Aubenas/Bourg Saint Andéol/Les Vans, sur une quarantaine de communes. Les très fortes densités s'observent sur le sud du plateau jurassique appelé Les Gras entre Ruoms et St Paul le Jeune. Le record, avec plus de cent dolmens, est détenu par Labeaume. Il constitue une concentration unique en Europe. En Languedoc et en Provence, il n'existe rien d'équivalent et les communes "riches" comptent rarement plus de dix dolmens.

Banne n'est pas la commune la plus riche avec 25 dolmens inventoriés à ce jour, elle dispose d'un patrimoine déjà important. Il est constitué de deux nécropoles : une sur le plateau de Champs Grands, l'autre au nord du hameau de La Lauze.

 

dolmen Les Champs Grands Banne Ardeche

Un seul monument aux Champs Grands possède encore sa dalle de couverture. Nous avons récemment consolidé la base par un dallage bloquant.

 

dolmen Les Gelis Banne Ardeche

A La Lauze, quatre dolmens conservaient la couverture, très lourde, qui a écrasé le côté le plus faible. 
Ces architectures pourraient reprendre leur aspect originel si les travaux de restauration étaient entrepris. Le dolmen le plus proche de la ferme des Sauts, formé de dalles imposantes, mériterait particulièrement d'être reconstitué.

 

dolmen Bannelle Banne Ardeche

Enfin le dolmen le plus connu, celui du Serre de Bannelle  est le seul de la commune à bénéficier du classement au titre de monument historique. Sa dalle de couverture s'est cassée en deux à une date relativement récente. Son architecture encore intacte nécessiterait au moins des mesures élémentaires de consolidation. Son isolement le met hors d'accès de tout véhicule, et complique beaucoup une éventuelle restauration, en alourdissant largement la part de main d'œuvre à utiliser.

( les dolmens recensés sur la commune ne peuvent se
visiter car ils sont tous en domaine privé )

Pour l'avenir, Banne dispose d'un potentiel architectural du plus grand intérêt. Après consolidation, les 25 dolmens pourraient faire l'objet de deux circuits de visite, aménagés pour les randonneurs. Quel que soit leur état, ce qui reste des dolmens mérite d'être sauvé, mis en valeur par une information disponible à la Mairie, complétée par des panneaux explicatifs.

Ces architectures, les plus vieilles de la région (de 4000 à 5000 ans) méritent mieux que le mépris ou l'ignorance dont elles ont été l'objet depuis plus d'un siècle. Le patrimoine de Banne, déjà riche de vestiges historiques, ne peut que se trouver complété et diversifié par l'intégration de ces tombes millénaires. Elles sont les seuls témoins d'une vie rurale active et dont on ne soupçonnait pas la très haute ancienneté, perdue qu'elle est au delà de toute mémoire.

 

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La Stèle anthropomorphe du Bois Noir

Texte de  C. TARDIEU et J.L ROUDIL
photos Marc BLACHERE

 

C'est sur les indications d'un berger, aujourd'hui disparu, que l'un de nous au cours de prospections sur la région de Banne, découvrit la stèle, présente ici.
La forte corrosion subie par cette dalle rocheuse de grès carbonifère, fait que les aménagements de forme et gravure qu'elle porte ne paraissent vraiment qu'à l'observation attentive. L'environnement est celui qui caractérise la frange gréseuse, bordant le pied du socle cristallin, dans l'Ardèche du sud, d'Aubenas à Banne : forêts où dominent les résineux, sols maigres et acides, où la viticulture était dominante dans la plupart des communes jusqu'au siècle dernier.
La partie sud de la commune de Banne où se trouve la stèle, comporte plusieurs grands vallons descendants vers le sud de la Ganière, affluent de la Cèze.

viaduc du Doulovy Banne Ardeche

Celui du Doulovy reçoit celui de Merle juste en amont du viaduc. Cet ouvrage d'art oublié est impressionnant. Il témoigne de l'ampleur des travaux miniers qui ont, un temps, animé ce terroir.
La vallée du Doulovy connut une intense activité laborieuse au 19 ème siècle, avec les mines de charbon de Sallefermouse. Depuis, la nature a repris ses droits et la pinède a envahi tout le terroir. Seules des pistes reprises par les broussailles, émergent quelques bâtiments en ruine, et le grand viaduc aux 24 arches dont la plus haute a 35m et 235m de long, témoignent de cette activité dont la nature efface lentement les traces.

La dalle qui nous intéresse ici n'a rien de spectaculaire : 1,70 mètre de long, épaisse à un bout de 40 cm, amincie à l'autre, mais surtout, vue de face, c'est à dire comme si on la redressait, elle présente une silhouette en ogive régulière qui ne peut être naturelle. La section, en travers, permet de constater que le bord gauche est une arête naturelle. En revanche, le bord droit résulte d'un travail de taille, ayant dressé ce côté en créant un chanfrein, par percussions alternées. La base, formée d'une ligne en zigzag est probablement une cassure ancienne. La face au sol n'a pu être observée à ce jour. Un menhir taillé en forme de "feuille de saule", comme celui-ci a peu d'homologues. Le plus net est celui de Ginestous à Moules-et-Beaucels (Hérault). Sur la face visible, une quarantaine de croix sont associées à quelques cupules. Dernier détail qui enrichit la découverte : le visage, un large sillon très profond, comme un demi-cercle qui abrite deux cupules très nettes figurant les yeux, ceci au sommet de l'ogive. On est donc en présence d'une statue menhir ou stèle anthropomorphe , abattue, et dont une face comporte quarante croix et quelques cupules.

 

stele anthropomorphe Banne Ardeche

La préparation de ce monument a fait appel à trois opérations, techniquement différentes, et qui surtout ont pu intervenir séparément dans le temps. La taille de la dalle pour obtenir l'ogive régulière de la silhouette, le tracé du visage qui fait du menhir une stèle anthropomorphe, enfin les gravures : croix et cupules qui couvrent pratiquement une face (40 au moins). Notons enfin que la matière première utilisée a été prélevée sur place. Du moins la trouve-t-on en abondance dans l'environnement immédiat du lieu où la stèle repose actuellement.
Cette publication doit être prise pour une simple note d'information. Les travaux de synthèse et les recherches comparatives restent à faire, dans la vaste aire méditerranéenne où se répartissent les stèles anthropomorphes.
Quelques remarques essentielles s'imposent. Pour ne parler que de la région du sud du Massif Central, les gravures simples : croix, fer à cheval et hommes schématiques, ont pour support  les roches en place, de l'Ardèche à l'Hérault. Dans l'environnement proche de la stèle, l'art rupestre (croix, cupules) est assez bien représenté : aux Vans, à Malons et Elze, Aujac et Bonnevaux (Gard), dans un rayon qui ne dépasse pas les 20 km (pierre écrite d'Olargues). Les statues menhirs sont un phénomène dont la localisation est très différente (du Tarn au Vaucluse) et dont le rapport éventuel avec ce qui précède reste à établir.
Sur la stèle du Bois Noir, l'art schématique local a pour support un monument. Cette rencontre présente une réelle originalité que n'avaient pas manifesté les rares stèles connues en Ardèche (grotte Meunier 2, grotte Gilles de Chassille et Casteljau).

Nous espérons que cette note nous vaudra des courriers de chercheurs nous signalant des documents susceptibles d'éclairer tant la forme que l'iconographie de cette stèle.

( le moulage de cette stèle est exposé à l'entrée des écuries du château )


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BANNE
les dolmens