des mines en désordre et

l'affaire du Bois des Bartres

 

Des documents inattendus m'amènent à reprendre la chronologie des événements à Banne à partir de l'année 1794 et les personnes qui utilisent mes recherches pourront donc poursuivre le récit des épisodes miniers et autres.
C'est ainsi que nous retrouvons à la mine de Pigère, au cours de cette année 1794, le nommé Kantzeler, un des mineurs alsaciens engagés par le Sieur Tubeuf et qui semble avoir, alors, la responsabilité des travaux, car l'exploitation est faite "Au Nom de la Nation".
D'un procès-verbal de séance du Directoire du District du Tanargue, daté du Six Thermidor, Seconde année de la République Française, il résulte selon un rapport du "Citoyen Lahondès, commissaire nommé par le Directoire pour l'inspection des mines de houille de la Commune de Banne, que la mine exploitée par Kantzeler et Lahondès, et la seule qui mérite d'être prise en considération, peut fournir pendant trente ans du charbon, en donnant même à l'extraction toute l'activité possible, pourvu qu'on continue un canal commencé par Tubeuf, au moyen duquel on donnera de la circulation aux eaux qui se ramassent dans la mine en temps de pluie, comme aux airs méphitiques qui s'y renferment, et on donnera beaucoup de facilité à l'extraction du charbon" -Le Directoire considère "qu'il est du plus grand intérêt de faciliter l'exploitation des mines de houille de la Compagnie de Banne, soit pour l'usage des ateliers de salpêtre pour la poudre, des forges d'armes qui vont s'y installer et des autres forges, soit pour les usages domestiques ; le bois y étant d'une très grande rareté."
Les quelques procès-verbaux qui nous restent (tous le l'année 1794) dénoncent d'ailleurs la désorganisation administrative de l'époque. Les commissaires inspecteurs se succèdent. Un directeur, Christian Guillaume, apparaît. Son salaire est fixé "à 20 livres par mois, outre une chambre pour se loger et un lit." Après une mise en valeur faite "au nom de la Nation", on nous dit que les frais d'exploitation "serons supportés par les propriétaires des mines pendant tout le temps que l'exploitation sera faite à leur profit ou qu'ils en retirerons le produit" . Nous verrons, plus loin, les confusions administratives créées par le manque de clarté concernant certaines lois républicaines sur la propriété. Les visites des commissaires se succèdent. L'un d'eux nous apprend qu'à cinquante toises, dans la montagne où l'on travaille, trois piqueurs pourraient aisément se placer et extraire aux environs de 250 quintaux toutes les vingt quatre heures. Les meilleurs filons, qui ont de tous côtés de trois pieds à trois pieds et demi de haut, promettent de fournir pendant longtemps aux besoins du public. Mais les lampes s'y éteignent à tout instant à cause de l'air méphitique et les eaux qui filtrent à travers la montagne n'ont aucune issue pour s'écouler, ce qui fait perdre un temps considérables aux ouvriers "pour la sortir à pleins seaux" . Le rapport précise, sans émotion : "ces eaux ne portent pourtant pas grand obstacle à l'extraction mais force seulement à y employer un ou deux ouvriers". Il précise : "ceux qui y travaillent actuellement sont au nombre de sept, savoir : Antoine Platon, Antoine Martin et Antoine Lapierre employés comme piqueurs ; François Martin, Jacques Platon, Jean Lapierre et Antoine Castagnent employés comme manouvriers. Nous les avons tous requis, au nom de la Loi, de s'occuper sans relâche de l'approvisionnement du public et de ne pas abandonner leur poste sous peine d'être déclarés suspects et traités comme tels."
Au cours de la même année 1794, une seconde exploitation fut ouverte par Kantzeler et Lahondès avec un piqueur et un manouvrier. Puis on décida de reprendre un troisième chantier abandonné depuis peu, à la suite d'un éboulement. Il fut confié à Joseph Martin, secondé par Jacques Dumas, Antoine Mercier, Raymond Champetier et Joseph Richard. Tous avaient probablement déjà travaillé sous la direction de Tubeuf. Ainsi, il semble que moins d'une vingtaine d'hommes étaient alors employés en 1794 à Pigère, le seul endroit où l'on avait repris l'exploitation. Un commissaire estima que ces mines n'étaient pas moins abondantes que dans le passé, où elles fournissaient à tous les besoins des cantons voisins, "mais le chemin qui y conduit, resté de longues années sans entretien sous l'Ancien Régime, s'étant entièrement dégradé, rebute les voituriers. D'ailleurs, l'exploitation de ces mines, livrées à des propriétaires pour la plupart sans moyens ni connaissances, languit ou se fait sans règles".
Dans la confusion administrative, les mines, pourtant considérées comme des propriétés distinctes de la surface, furent d'abord, à Pigère, exploitées librement par les possesseurs de la terre, sans un décret de concession avec l'accord des responsables du District du Tanargue. Au cours de l'An Onze de la République Française (1803) le vingt huit Pluviose, alors que la France était sous le gouvernement du Consulat formé de Bonaparte, Cambacérès et Lebrun, un premier essai de régularisation causa des émois à Banne et provoqua une réunion fiévreuse du Conseil Municipal à la Maison Commune :

Se sont présentés les sieurs Thomas, Ronzier, Martin et Platon, propriétaires des mines de houille de cette commune et ont exposé que les prétentions injustes de la veuve Tubeuf les ont alarmés ; que sur de faux exposés elle a surpris de la religion des Consuls un arrêté en date du 7 Thermidor qui l'autorise à se mettre en possession des dites mines, et ont prié le Conseil Municipal de faire parvenir au Gouvernement leurs justes réclamations, afin que cet arrêté qui entraînerait la ruine entière de tous les propriétaires de mines, ne porte pas d'effet.
Le Conseil, considérant que les mines de charbon situées dans cette commune sont la principale ressource de ceux à qui elles appartiennent, et que de les en priver ce serait leur enlever tout moyen de subsistance et par conséquent de payer leurs impôts.
Considérant qu'elles sont exploitées depuis un temps immémorial, et qu'elles fournissent aux usages des forges et des filatures aux Vans, à Joyeuse et lieux circonvoisins.
Considérant que Tubeuf n'a jamais fait aucune découverte de mine dans cette commune.
Considérant qu'il s'empara des mines de la commune et qu'il les abandonna après les avoir écrasées.
Considérant que s'il fit quelques travaux, il en fut plus que dédommagé par le charbon qu'il en sortit.
Considérant que si quelqu'un a des indemnités à réclamer ce sont les propriétaires, soit à raison de leurs mines qui furent écrasées, soit à raison du charbon qui leur fut enlever.
Considérant que, d'après la loi du 28 juillet 1791, les propriétaires de mines ont la préférence sur les concessionnaires.
Considérant que les mines de cette commune ne peuvent même pas être concédées puisqu'on les exploite sans puits.
Considérant enfin que les propriétaires ont fait de grandes dépenses pour les mettre en état et qu'elles sont très bien exploitées.
Arrête:
Le gouvernement sera supplié de rapporter son Arrêté sus annoncé et de maintenir les sus nommés dans la possession et la jouissance de leurs mines.
Extrait de la présente délibération sera adressé au Ministre de l'Intérieur et au Préfet du Département de l'Ardèche. Et ont les Maire, adjoint et membres du Conseil signé.
Teissier, Maire, Lacroix, Adjoint, Marron-Fabrégat-Crégut-Roussel-Pascal-Teissier-Thibon-Lacroix, Conseillers signés au registre Vedel secrétaire aussi signé.

Petite réflexion : on peut remarquer que l'usage de dire "aux Vans" était solidement établit en 1809. J'ai également trouvé mentionnée, en 1805 et 1807 par exemple, la "Ville des Vans".
Jean Thomas semble avoir été plus actif, alors, dans l'exploitation houillère de Banne. Propriétaire de la surface d'une mine "située au terroir de Pigère" et achetée le 28 Floréal an 10 (1802) au prix de 924 Francs, il en exploite également une autre au Cros du Registou comme fermier d'André Rieutord. La même année, il demande une réduction de la redevance de ses deux mines fixée à 1368 francs et 91 centimes. Somme nettement exagérée puisque l'on fit droit à sa demande et qu'elle fut réduite à 150 francs. Un certificat du maire de Banne précise encore que : "des mines de houille qui sont exploitées par Jean Thomas, du lieu de Montgros, sont situées en partie dans les propriétés de Joseph Borie, du lieu de Garde-Giral".
Et nous allons voir comment une variation climatique a joué lourdement un rôle sur l'évolution économique. Car cette situation administrative des exploitations minières aurait pu rester encore longtemps confuse si, un siècle auparavant, le terrible hiver de 1703 et son froid intense n'avaient bouleversé l'orientation agricole régionale, en dévastant le pays cévenol où de nombreux châtaigniers avaient gelé "à cœur". On avait replanté "l'arbre à pain", mais également tenté de développer, sur des terres libérées, la culture du mûrier pour l'élevage du ver à soie préconisé par Olivier de Serres.
Le mûrier, même s'il est un arbre robuste et peu exigeant, a besoin d'un climat favorable pour produire, assez tôt, des feuilles qui servent de nourriture aux vers et avoir, également, une seconde foliation qui lui permette de survivre et de se développer. La Cévenne ardéchoise se prête parfaitement à cette culture. Ainsi, cet hiver destructeur transforma les données économiques. La population rurale ajouta le mûrier à la vigne et à l'olivier le long de la bordure cévenole. La magnanerie fit souvent prendre au mas un étage de plus et l'élevage du ver à soie se pratiqua peu à peu comme un travail saisonnier régulier, la plupart du temps à l'échelle familiale.
Mais il fallait oeuvrer ces cocons. En 1802, dix filatures fonctionnaient dans le bourg de Les Vans. L'effectif ouvrier comptait parfois plus de 500 personnes qui travaillèrent plus de 300000 kg de cocons en 1846. Surtout des femmes et des enfants venus de campagnes voisines et dont les impitoyables journées de labeur ne sont plus concevables aujourd'hui (remarquons qu'en 1909 le nombre de sériciculteurs déclarés à Banne fut de 242, qui produisirent 25740 kg de cocons dans l'année).
Ainsi, durant plus d'un siècle, le mûrier avec le ver à soie ont apporté une aisance réelle à une population dont le Préfet de l'Ardèche, Caffarelli (qui surprend d'ailleurs par une médisance cruelle concernant Banne) a écrit dans l'annuaire du Département de l'Ardèche pour l'an 10 (1802) qu'il n'en est point de plus laborieuse : "voyez les montagnes autour de Vals, d'Aubenas, de Privas, de Largentière, même celles bien plus horribles qui sont aux environs de Banne ; partout vous remarquerez des travaux dont la seule idée est effrayante, une constance qui semble au-dessus de toute patiente humaine. C'est que l'habitant de l'Ardèche est réellement admirable, je dirais même inimitable".

Mais reprenons le jeu croisé de la mine et du charbon avec le mûrier et le ver à soie. Il n'est pas sans intention, car si nous avons déjà vu que le 18ème siècle manquait de bois, il en fut de même au siècle suivant. Or, la production séricicole demande de la chaleur à tous ces stades et, en devenant une véritable industrie, elle s'est tournée tout naturellement vers le charbon, en un mouvement de possession légale des mines de Banne pour certains filateurs. Car rien n'avait encore été réglé administrativement le 26 mars 1806 jour où "le maire de la ville des Vans", Moutet, ajouta dans un post-scriptum d'une correspondance adressée au Préfet de l'Ardèche : "Dans cette contrée, à peu de distance de cette ville, des mines de houille très abondantes exploitées en grand seraient suffisantes pour fournir à tout le Département. Livrées depuis la Révolution à la maladresse et à l'ignorance de quelques particuliers qui les exploitent, cette source d'utilité et de richesse se gâte et dépérit" . Il remarque ensuite qu'il conviendrait donc que l'on en instruise le gouvernement afin que celui-ci provoque la visite d'un des directeurs du service des mines "afin que d'après son rapport, le gouvernement, éclairé, exige une exploitation dans les règles de l'art de la part d'une compagnie soumissionnaire. Cette même visite rapporterait que la communication des mines avec les chemins nationaux du département ne demanderait que très peu de dépenses pour la restauration des chemins." Il faut garder à l'esprit que les changements politiques successifs de l'époque, avec leurs bouleversements dans la haute administration, se retrouvent dans les contradictions bureaucratiques et des décisions tardives. Il est également difficile de définir exactement une situation donnée. Si le maire de Les Vans estime que la restauration des chemins des mines ne demanderait que très peu de dépenses, par contre, quelques années plus tard, un ingénieur des mines rapporte, en février 1820, "le mauvais état des routes ne permet pas le transport aux lieux de consommation, autrement qu'à dos de mulet". Ce même rapport nous apprend également que "les couches, au nombre de trois, exploitées à Sallefermouse, ont une épaisseur de sept à douze décimètres et sont distantes entre-elles de 4 à 5 mètres. Elles plongent au N-E à 10 degrés environ et présentent leurs affleurements sur la face N-O du monticule qui les recèle. On les a attaquées fort anciennement par des galeries inclinées qui s'enfoncent dans la montagne".
"les piliers que l'on laisse pour la sûreté des travaux m'ont paru assez solides ; toutefois j'ai recommandé de les placer plus symétriquement et de fortifier les galeries par des murs de remblai faits avec des débris stériles de l'extraction que l'on laisse entassés dans les vides souterrains. Le transport intérieur de la houille s'effectue avec de petits traîneaux ; ce sont ordinairement des enfants qui sont appliqués à ce travail, ces mines occupent une douzaine d'ouvriers". -- "les mines de Banne, située à proximité de celles du Gard, ne fournissent guère au-delà de sept à huit mille quintaux métriques de houille vendus à un franc l'un. Ce combustible est employé à alimenter les filatures de soie et les foyers domestiques dans les communes voisines des Vans".
Nous trouvons, dans une correspondance du 3 septembre 1837 adressée au Préfet de l'Ardèche par un "cafetier-marchand de charbon" nommé Vedel et habitant Les Vans, une réalité journalière qui n'est pas décrite par les rapports officiels : 

Monsieur le Préfet,
Par une ordonnance du 6 août 1836, les concessionnaires des mines de houille de Pigère et Mazel situées dans la commune de Banne sont tenus de livrer la houille en mottes à un franc les 100 kilogrammes. Cependant, ils la vendent à niveau d'un franc et vingt sept centimes et demi.
J'ai trois mulets et un domestique occupés expressément et depuis longtemps à charrier de la houille. Sur mes chargements, on me fait payer deux francs septante centimes par jour de plus que ne porte l'ordonnance. J'ai voulu réclamer auprès des concessionnaires. Leur réponse à été de donner des ordres à leurs ouvriers et directeur des mines de me donner des rochers pour du charbon et si je voulais exiger de la houille ordinaire de refuser tout court de m'en donner. En conséquence, on a renvoyé mon domestique sans chargement, avec recommandation de ne plus venir, qu'il était expressément défendu par les concessionnaires de lui livrer du charbon.
Comme le gouvernement n'accorde des concessions que dans l'intérêt public ; qu'une fois la houille mise en vente on ne peut en refuser à personne, moyennant payement, vu ma position, ayant trois mulets et un domestique sur le pavé qui me font une dépense de douze francs par jour, je viens vous supplier, Monsieur le Préfet, ...

Cette plainte n'est pas unique. Une trentaine de signataires adressèrent  également au Préfet, à la même époque, une requête collective semblable. C'est que, suivant le jeu politique constamment changeant de l'époque, une interprétation subtile se nouait avec ou contre l'administration entre des groupes de propriétaires associés à des notables de la région. Elle dura des années sans que l'on cessa d'ailleurs d'exploiter les mines plus ou moins régulièrement. La requête citée visait à "provoquer la nomination par le gouvernement d'un agent à l'exploitation des dites mines".
Elle exposait que le prix de la houille dépassait celui qui avait été fixé officiellement "malgré les nombreuses plaintes qui s'élevaient de toutes parts" et qu'en outre "les concessionnaires exploitent si mal ces mines que le public est dans la plus grande souffrance" . Et qu'en plus "l'un d'eux fait retenir pour lui, toute les grosses mottes de charbon et les fait transporter à un magasin qu'il a établi chez lui pour en faire la revente du côté de la plaine et n'en laisse que les débris pour le public. Ensuite, une fois qu'il a fait ramasser de vingt à trente mille quintaux de charbon, comme dans le moment présent, on renvoie une bonne partie des ouvriers mineurs et on ferme la plupart des mines afin de donner au charbon emmagasiné un prix beaucoup plus élevé..."
On travaillait pourtant assez efficacement à certains endroits puisque, le 16 février 1837, un ingénieur des mines visita le commencement du creusement de la grande galerie d'écoulement au valat de la Combe où se trouvaient quatre ouvriers. "Elle n'a pu être commencée qu'avant-hier, parce qu'on attendait ma prochaine visite pour se fixer d'une manière absolue sur l'emplacement" . Destinée à communiquer avec les galeries du Mazel "ce travail sera poursuivi avec activité et on se promet d'avancer d'environ une toise par semaine". Dans un étage exploité,4 tailles étaient en avancement. "Les piliers ont toujours 10 mètres en tous sens, les tailles ayant de trois à quatre mètres. Cet état de choses peut-être maintenu et paraît assurer une solidité suffisante au toit" . Au Mazel, à la mine de la Barraque "on a presque complètement suspendu les travaux à cause qu'on a atteint un grand barrement qu'on n'a pas l'intention de passer à ce niveau" . A la mine supérieure, de l'autre côté de la route, "on a continué l'avancement qui donne seulement du menu. On a atteint le même barrement mais on se propose de le passer incessamment" . L'ingénieur ajoute : "les ouvriers étrangers sont pourvus de livrets et ceux du pays vont en être munis incessamment. Il y a une caisse de secours dont les fonds sont faits au moyen d'une retenue d'un liard par franc. Il y a 800 francs en caisse aujourd'hui."
C'est à partir de cette époque que vont commencer à se tarir les sources du Mazel, jusqu'alors abondantes. La plantation des châtaigniers va également entraîner la destruction d'un dolmen à l'entrée de la Combe. Ce monument mégalithique, encore complet, était formé d'une seule grande pierre plate posée sur deux autres verticales.
En ce qui concerne la galerie d'écoulement, le chier des charges prévoyait qu'elle devait être commencée dans le délai de trois mois à partir de la date de la notification et que si elle n'avait pas atteint une longueur de 100 mètres au bout de 18 mois le cautionnement versé serait acquis au trésor. Le rapport de M. Varrin, ingénieur des mines d'Alais en date du 12 décembre 1838, nous dit que "les 100 de galerie se sont trouvés exécutés avant l'expiration du délai de 18 mois ; que cette galerie est bien percée, munie d'un chemin de fer (à voie étroite) en bon état et capable de remplir le service auquel est destinée. Et qu'enfin les concessionnaires ont rempli avec rigueur les obligations qui leur étaient imposées à cet égard, même avant le délai fixé."
On apprend pourtant, au cours des années suivantes, que l'on travaillait encore à l'amélioration de cette longue galerie. Elle servit jusque dans les temps modernes, s'effondra alors, en tuant un mineur, lorsque l'on récupéra le charbon des piliers de soutien et, plus tard, son comblement naturel entraîna dans un chaos plusieurs milliers de mètres cubes du sol d'une des meilleures châtaigneraie du Mazel.
En ce début du 19ème siècle, bouleversé constamment par les actions violentes de l'agitation politique et les changements de régime, l'administration centrale fut gagnée par la confusion et se posa même des questions... sur la légalité des travaux miniers engagés à Banne. Le secrétaire général du Ministère des Travaux Publics (division des mines) s'adressa le 21 octobre 1848 à M. le Préfet de l'Ardèche :

"J'ai sous les yeux la lettre que vous avez adressée, le 28 août dernier à mon prédécesseur, relativement aux demandes qui ont été formées dans le temps par diverses compagnies pour obtenir une concession des mines de houille sur les territoires de Banne et de Brahic.
Vous exposez que ces compagnies ont, à plusieurs reprises, été mises en demeure de justifier par des travaux de recherches de l'existence d'un gîte concessible ; que ces avertissements sont restés sans effet. Vous pensez qu'il y aurait lieu, en l'état de choses, de prononcer le rejet de ces demandes qui remontent à près de dix années.
Je vous invite à me transmettre à ce sujet, comme vous le proposez un rapport de MM. les ingénieurs des mines et votre avis, en forme d'arrêté, avec les demandes et les autres pièces qui ont pu être produites. J'examinerai le parti qu'il conviendra de prendre..."

Nous avons ici un exemple du désordre administratif qui suivit longtemps les bouleversements de l'activité politique nationale, pendant et après la Révolution. Époque difficile pour la Municipalité, puisqu'elle vit plusieurs fois rejeter ou rappeler certains de ses membres selon les événements, et à qui l'on fit jurer, successivement, "fidélité et obéissance" aux pouvoirs qui se succédaient.
Les premiers comptes rendus des délibérations des conseils municipaux mis en place manquent dans la plupart des communes. Les relevés des séances étaient habituellement faits sur des feuillets de papier libre qui restaient en possession du maire ou d'un notaire et furent généralement égarés. Ce n'est qu'à partir du 20 juin 1809 que le Préfet de l'Ardèche, Bruneteau Sainte Susanne, ordonna la transcription des délibérations sur un registre relié. A Banne, c'est à la date du "huitième jour de may dix huit cent dix" que nous trouvons la première mention d'une réunion du Conseil Municipal sur un registre.
Il ne nous reste, d'ailleurs, que fort peu de documents qui permettent d'éclaircir le début de la période révolutionnaire à Banne. Mais nous trouvons en forme d'énigme, dans le premier registre des délibérations et à la date du 14 mai 1811, que : "le Maire a présenté au Conseil le compte des recettes et des dépenses qu'il a rendu en raison des affaires concernant la Commune avec M. du Roure, conformément à l'acte passé entre Me Guez, son fondé de pouvoir et la Municipalité..."
Nous savons également que le comptable s'était chargé, en recettes, de la somme de huit mille cinq cent francs (somme conséquente pour l'époque) suivant la quittance faite audit sieur Guez devant Me Lacroix, notaire, le 16 janvier 1806, en conformité de la délibération du Conseil Municipal de Banne du 19 Brumaire An 14, et que de nombreux mandats avaient été tirés en faveur des particuliers. Nous avons aussi évoqué le versement par les du Roure à la Communauté de Banne de 8779 livres 9 sols, le jour de la Saint-Michel 1792. Des documents nouveaux ne permettront de mieux comprendre le développement de cette affaire et le changement des mentalités de cette époque, où une communauté a pu s'opposer librement à une famille noble qui le dirigeait depuis des siècles.    

Gaston PAYSAN

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