la paouso de lün

Henri Soulerin a écrit en 1960, dans une petite dissertation consacrée à la recherche de l'origine des noms de lieux :
" Le chercheur, posséderait-il la science de toutes les disciplines de nos facultés, est voué à l'échec dans bien des cas s'il ne sait pas ou ne comprend pas le patois local".
Il est certain que le parler local qui a recueilli, qui conserve encore, malgré les évolutions ou les déformations, les racines des anciennes langues indo-européennes peut nous aider dans la compréhension des noms géographiques.
Si le berger ne peut aller bien loin dans cette science subtile, il est cependant certain qu'il pourrait parfois tirer d'affaire le lettré le plus érudit. Car la connaissance du langage local a été une source d'erreurs qui se perpétuent et se retrouvent dans la cartographie. Dauzat a signalé que lors de l'établissement des cartes d'état major, un officier, étranger à la région, demanda à un agriculteur :

- Comment s'appelle cette ferme, là bas ?
- Es la mïou ! répondit celui ci. (c'est la mienne)
- Et le col, plus loin ?
- Lou sabé pas ! (je n'en sais rien !)

Et l'officier porta sur son relevé :

"ferme essla miou"
"col de Loussabépa"

Henri Soulerin a relevé un autre cas de confusion dû à la phonétique et dont la transcription en français est totalement différente du sens d'origine.
En bas Vivarais, dans la forêt communale de Banne, existe un lieu qui fut porté sur les plans et les cartes : "pause de l'un". Si vous êtes un tantinet plaisantin, vous pouvez penser : "pourquoi pas de l'autre", ou : "pourquoi pas des deux". Il est certain que les Messieurs fort graves qui feront de l'étymologie dans un siècle, resteront perplexes avant de faire une démonstration péremptoire. Nous devons donc leur apprendre qu'au siècle dernier les mineurs déposaient leurs lampes à cet endroit, à la sortie des galeries de mines de charbon, où un préposé venait les prendre pour les regarnir. On l'avait donc nommé : "La Paouso del Lün"."La pause de la lampe". La légère différence de graphisme peut se faire perdre en conjoncture la personne qui n'est pas avertie.