le chemin de fer de la Combe

au 19ème siècle

 

Vers le milieu du XIX ème siècle, les mines sont toujours exploitées par des sociétés privées. Nous trouvons dans les textes une "Compagnie Houillère de Banne", appelée autrefois "Compagnie des Mines de Banne", qui a reçu, sur la rive gauche de la Combe, la concession des mines du Mazel, Pigère et Sallefermouse. Elle est dirigée par cinq associés : Louis Henri Colomb et son fils Albin, tous deux propriétaires-rentiers, demeurant aux Vans, Alexandre Paul Noë Bruno Rivière de Larque, député, propriétaire-rentier, demeurant à Banne, tantôt dans son domaine de Larque, tantôt dans son domaine des Sauts, Jean Baptiste Pagès, officier de santé et propriétaire-rentier, demeurant au Fort, et Jean-Jacques Gadilhe, lui aussi propriétaire-rentier, demeurant au Mazel.

Sur la rive droite du ruisseau de la Combe, la "Compagnie de Montgros" exploite la concession du même nom. Elle est dirigée "conjointement et solidairement" par "MM. Louis Henri Colomb, Louis Cyprien Molines, rentiers, domiciliés à la ville des Vans, Charles Marcel Bayle et Jean Etienne Martin, propriétaires-agriculteurs, domiciliés sur la commune de Banne" .

Bien qu'elles soient théoriquement concurrentes, ces deux compagnies ont à leur tête les mêmes personnes, les Colomb père et fils, des Vans, par ailleurs propriétaires du domaine des Lèbres et des ruines du château de Banne qu'ils utilisent comme carrière de pierres. Cette double appartenance indique que les compagnies ont entre elles des liens très étroits, mais des liens difficiles à établir quand on examine les dossiers avec 150 ans de recul.

Ce qui posait le plus de problèmes à l'époque, ce n'était pas tant l'extraction du charbon que son acheminement depuis la mine jusqu'au "magasin" de vente. La question se posait principalement pour la charbon du Mazel évacué par la galerie de la Combe. Aussi, au milieu du XIX ème siècle, à une date indéterminée, mais antérieure à 1844, les concessionnaires de la Compagnie Houillère de Banne décident de mettre en oeuvre tout un réseau de transport afin d'amener le charbon des différentes mines à Banne. Un texte de 1851 nous apprend qu'il avait été question de construire un plan incliné de Pigère au Mazel, puis un ensemble de plans inclinés et de voies ferrées jusqu'au Fort.

La décision prise par les concessionnaires part du constat suivant : "Les moyens de transport des charbons de la mine de la Combe sont si défectueux, dans l'état présent des choses, qu'il serait bon, pour le développement de cette mine, d'organiser une voie afin de les rendre meilleurs. Cette organisation est d'autant plus indispensable que, par les moyens que l'on a présentement, on ne peut soutenir la concurrence qui est faite par les charbons de Bessèges dans le Vivarais, quoique nous soyons dans de meilleures conditions que cette mine par la proximité des lieux" . On le voit, la réalisation de moyens de transport nouveaux doit permettre de développer la production et, en même temps, de faire baisser les prix pour lutter contre la concurrence des charbons gardois, mais aussi contre la concurrence de la Compagnie de Montgros, comme cela apparaît dans un autre texte.

wagonnet de mine

Les travaux qui commencent en 1844 vont durer onze ans. Onze ans pour construire trois tronçons de voies ferrées séparés par deux plans inclinés, et un entrepôt. Le premier tronçon, long de 168 m, part de la mine de Montgros et aboutit à un petit plan incliné de 63 m ; un deuxième tronçon de 505 m relie ce plan à un autre, dit grand plan, long de 231 m ; le dernier tronçon, long de 565 m, aboutit au magasin situé près du village du Fort. Si le délai a été aussi long, c'est que la Compagnie Houillère hésite sur les travaux à effectuer, elle changera plusieurs fois ces plans, et elle sera finalement obligée de s'entendre avec la Compagnie de Montgros. C'est aussi que les propriétaires des terrains traversés par le projet refusent les conditions de la Compagnie et il faudra de longues tractations pour arriver au résultat final. C'est cette longue gestation que nous allons retracer à partir d'archives privées inédites, malheureusement incomplètes, comprenant à la fois des actes notariés, donc officiels, mais aussi de simples brouillons.

Le premier document est daté du 3 mars 1844. Deux cultivateurs de Banne, Joseph Argenson et Joseph Peyris, acceptent de vendre "auxdits MM. Pagès, Gadilhe et Colomb tout le terrain nécessaire à l'établissement d'un chemin de fer que ces derniers veulent faire pour transporter le charbon exploité aux mines du Mazel sortant par la galerie dite de la Combe, de cette dernière galerie à Banne, moyennant le prix et somme de 400 francs, sous la réserve expresse faite par Argenson que ledit chemin ne pourra traverser sa vigne, ni son jardin situé au quartier de la Combe, mais seulement sa châtaigneraie ou herme, et que les murs de soutènement seront relevés s'il survient des éboulements du fait des travaux" . Les concessionnaires se déclarent "libres de faire ou de ne pas faire ledit chemin, auquel cas le présent traité devient nul et sera considéré comme non avenu ; comme aussi Argenson et Peyris deviendront propriétaires du chemin les traversant, dès qu'il ne servira plus aux acquéreurs et qu'ils auront fait l'enlèvement de tous leurs matériaux" .

Une semaine plus tard, le 10 mars 1844, la Compagnie des Mines demande par accord privé à dix propriétaires de lui céder toute la superficie des terrains destinés au passage du chemin de fer aux conditions suivantes : le prix de chaque nature de terrain sera déterminé par deux experts ; la Compagnie s'engage à payer les terrains pris au double de la valeur estimée par les experts. Elle consent, en outre, au cas où le chemin deviendrait ultérieurement inutile à la Compagnie, à rétrocéder gratuitement les terrains aux propriétaires. Mais cet accord restera sans effet, puisque trois des dix propriétaires refusent de signer.

Pendant ce temps, les travaux commencent entre la galerie de la Combe et ce qui deviendra plus tard le grand plan. En 1844, la Compagnie débourse 587,98 francs pour divers travaux dont 250 journées du 11 mars au 26 mai pour la construction de la voie (partie haute). Pour apprécier l'importance des sommes citées, il faut se souvenir qu'à l'époque un maçon est payé trois francs par jour, un manœuvre deux francs.

Le 20 décembre 1844, le Préfet de l'Ardèche reconnaît l'utilité de l'établissement d'un chemin de fer entre la galerie de la Combe et Banne et se propose d'y donner suite, mais il exige, pour cela, que la Compagnie dépose :
- un avant-projet faisant connaître le tracé général.
- les dispositions principales des ouvrages les plus importants.
- et l'appréciation sommaire des dépenses.


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