"adieu belle maison, un jour les corbeaux
y nicheront " ( Comte du ROURE )

C'est au 13ème siècle que les premiers écrits mentionnent le nom de BANE et leur "CASTRUM". En 1181 quatre frères, Arnaud, Bernard, Astrog et Guigon de BANE font une donation à la commanderie de Jalès. En 1271, pariage au sujet de la juridiction du château et mandement de BANE entre le roi Philippe III le Hardi et sept co-seigneurs.
Les de BANE seront seigneurs de BANE jusqu'à la fin du 15ème siècle. Ils furent remplacés par les BEAUVOIR du ROURE, puissante famille issue du Gévaudan, où ils étaient seigneurs du ROURE et seigneurs pariers de la GARDE GUERIN. C'est vers 1500 que les du ROURE possédèrent la quasi-totalité de la seigneurie de BANE. Ils en détenaient une part depuis au moins 1363. Leur fortune provient du mariage en 1472 de Guillaume de Beauvoir du Roure avec Urbaine de Grimoard, héritière et arrière petite-nièce de Guillaume de Grimoard, pape de 1362 à 1370 sous le nom d'URBAIN V.
Dès cette date le nom et les armes des Grimoard s'ajoutent à ceux des Beauvoir du Roure. C'est cette famille qui va être à l'origine de la construction de l'important château de Banne "merveille de la région", au cours du 16ème siècle, probablement sur l'emplacement d'un château médiéval de bien moindre importance.

chateau de banne ardeche

La maison du Roure fût érigée en Comté en janvier 1608, Jacques de Grimoard de Beauvoir du Roure, acheta le 22 avril 1608 la Seigneurie de Barjac où un château sera construit par ses descendants quelques années plus tard.
Scipion de Grimoard du Beauvoir, 2ème comte du Roure, fût bailli royal du Vivarais, puis Gouverneur de Pont Saint Esprit, Lieutenant Général du Languedoc. Il acquit en 1664 la Baronnie de Florac et la plus grande part du mandement de Naves, devenant ainsi co-seigneur des Vans. BANNE fût érigée en ville en 1653.
Pierre Scipion de Grimoard de Beauvoir, 3ème comte du Roure, Lieutenant Général du Languedoc, ajouta à ses nombreux biens, le 24 octobre 1695, l'importante Baronnie de Randon. Le roi Louis XIV assista à son mariage avec Marie Guast d'Artigny. Il était Premier Gentilhomme du pays des Vans.

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Le dernier seigneur de Banne fut Denis Auguste de Grimoard de Beauvoir, 5ème comte du Roure qui, n'ayant pas émigré, put vendre en 1799 les terres et les ruines du château de Banne à un riche marchand des Vans, Henri Colomb.

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Le château fut détruit en 1792 à la suite de la conspiration anti-révolutionnaire du Comte de Saillans. Ce dernier, avec l'appui de Claude Allier, prieur de Chambonnas, voulait soulever le Bas Vivarais. Le 8 juillet 1792, après quatre jours de siège, Saillans s'empara du château de Banne défendu par un petit détachement commandé par le Capitaine Bois-Bertrand. Mais la déroute du lieutenant du Comte de Saillans, le Chevalier de Melon dans la forêt de Courry, précipita sa défaite.
Saillans quitta le château de Banne dans la nuit du 11 au 12 juillet. Le château fut investi le 12 juillet par les troupes patriotiques sous la conduite du Lieutenant Colonel MUROL. Le château fut incendié. L'incendie dura cinq jours et cinq nuits, épargnant le village médiéval. Le géant était mort, mais son cadavre faisait encore peur. Le 14 juillet 1792, un décret du directoire du département de l'Ardèche décida de sa complète destruction, car les autorités patriotes excédées par la tenue dans la plaine de Berrias de deux rassemblements de troupes royalistes catholiques en août 1790 et février 1791, dits " Camps de Jalès", voulurent la disparition du symbole de la contestation que représentait le château de Banne. Seul le manque de crédit empêcha la destruction des écuries et des remparts.
Le comte de Saillans et ses principaux fidèles furent arrêtés et décapités le 12 juillet sur la place des Graves aux Vans.
Les ruines du château servirent alors de carrière de pierre.

"Nous vîmes arriver des troupes de toutes les directions, du côté des Vans, de Berrias et de St-Ambroix. Soldats du 38ème de Ligne et des volontaires nationaux du 2ème Bataillon de la Hte-Garonne, en garnison dans le canton des Vans. Elles montèrent au château au pas de charge, baïonnettes en avant et tambours battants. La pluie battante qui tombait ne faisait qu'accélérer leur marche. Quelques moments après, nous aperçûmes une épaisse fumée puis les premières lueurs de l'incendie. Le feu prit bientôt de l'intensité, gagna les meubles et sortit de toutes les fenêtres en gerbes de flammes. Quel spectacle horrible ! Nous crûmes que tout le village brûlait et nous nous mîmes à sangloter"...
"Nous, pauvres habitants de Banne nous répondîmes à l'appel du Général d'Albignac qui nous sollicitait de rentrer chez nous, avec promesse qu'aucun mal ne nous serait fait. Mais hélas ! dans quel état nous trouvâmes nos maisons. Nos tonneaux étaient défoncés, le vin inondait nos caves, notre huile ruisselait de toutes parts, nos assiettes et nos verres étaient brisés, nos armoires et nos tables portaient les violentes empruntes du sabre. Aucun de nous n'aurait échappé à la soldatesque si, dès le début, nous n'avions pas pris le parti de fuir"...

L'an 8 de la République (1799), Denis Auguste Beauvoir du Roure et la Citoyenne Françoise Sophie Scolastique de Baglien épouse dudit, vendirent au Citoyen Henry Colomb, propriétaire en la commune des Vans et par procuration passée devant Jean-Baptiste Masson, notaire publique au département d'Eure et Loire à la résidence de Louville-les-Bois district de Joinville : 
- un domaine contenant terres arables, vignes, mûriers, jardins, prés, pâturages et buissières, maison, écuries, caves, granges et autres effets et dépendances situés dans le lieu des Lèbres.
- la terre environnant ou adjacente au ci-devant château de Banne ensemble le sol icelui, avec les accessoires, matériaux et décombres en dépendant...
- tous les meubles, autels, charrues, bœufs, troupeaux, cabaux et effets composant actuellement le dit domaine...
Moyennant le prix et somme de quarante deux mille quatre cent francs. Une réserve est faite en ce qui concerne les ruines du château.
C'est le notaire du Comte à Barjac, Maître Guez, qui dressa et récita l'acte de vente. Le montant de celle-ci fut versé aux vendeurs à Paris par "le citoyen Conrentin Fustier, homme de Loi", avocat, juge à Banne et juge de Paix aux Vans.

photos Marc Blachère

visite du château au 18ème siècle


 

 

 

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