la bataille de BANNE

Avertissement :
Le texte reproduit ici a une valeur de témoignage. Ecrit, peu de temps après les événements, par un des acteurs principaux de ce haut fait d'arme, il relate avec les termes de l'époque, qui peuvent choquer actuellement, un moment dramatique de l'histoire de Banne.
Nous remercions M. Louis Manifacier de nous l'avoir communiqué.

Combat de BANNE 29 JUILLET 1944

Le Commandant Michel BANCILHON, nous a demandés d'aller tendre une embuscade entre ST-PAUL-LE-JEUNE et les VANS pour couper la route de VILLEFORT-ALES.

Les éléments du secteur des VANS, D'OLLIER DE MARICHARD ont un armement insuffisant, certains n'ont que des fusils de chasse. Quant aux 51è et 52è compagnies formées en majorité de marins du 5è dépôt de TOULON repliés à VALS-LES-BAINS, et de jeunes valsois, nous sommes très bien armés, j'ai des armes parachutées, mon camarade le Lieutenant AUSSEUR de la Garde que j'ai rallié à la résistance le 12 JUIN avec son escadron, m'a donné plusieurs FM et mitrailleuses.

J'arrive à BANNE le 26 JUILLET 1944 avec GEORGES et les 51è et 52è compagnies, GEORGES reste avec la roulante dans le village, moi je prends position de nuit après le château en bas sur la route en direction des VANS il y a une ligne droite, en bout de cette ligne, après un petit pont et le premier virage, je fais creuser des trous individuels qui sont très durs à faire dans un sol rocheux, nous nous enterrons tant bien que mal, j'installe un poste de gammon au château, un dans le virage, et aussi un dispositif en profondeur, ainsi que sur le flan gauche de la route pour éviter d'être pris à revers. Le marin qui commande la section me dit, CHARLES je ne verrais pas les boches, je lui dis, ne te fais pas de souci "ils" viendront bien te voir.

Le matin du 29 JUILLET, je dis à GEORGES cela fait 3 jours que nous sommes là en embuscade, si les boches ont un mouchard, par lui "ils" connaissent notre position, je vais changer l'embuscade de place, et aller voir en avant de ST-PAUL-LE-JEUNE pour un autre emplacement, car de ST-PAUL il y a une route qui monte à BANNE. Les boches peuvent très bien faire passer une colonne par là, et une autre sur la route de ST-PAUL aux VANS, et nous serions refaits.

Je pars en voiture sur ST-PAUL avec deux hommes, GEORGES me dit je viens avec vous. A ST-PAUL nous laissons la voiture à gauche vers le passage à niveau dans un petit chemin, et nous partons à pied, nous marchons environ 1km, tout à coup nous apercevons un convoi qui arrive d'ALES, je dis ce sont les boches. GEORGES toujours bien renseigné dit, c'est l'ETAT-MAJOR qui fait faire mouvements à des unités, je prends les jumelles, c'est bien les boches, je les passe à BLANCHARD qui me dit c'est peut-être bien eux. A 200 mètres de nous, les boches s'arrêtent, et installent un barrage sur la route, nous nous planquons dans le bois, et remontons le long de la route pour aller à BANNE. Arrivés à la hauteur de la poste à ST-PAUL, je dis à GEORGES, je vais téléphoner à BANNE, allez donc avec les hommes m'attendre un peu plus haut. Quant à moi, arrivé à environ 30 mètres de la poste, la colonne boche arrive dans ST-PAUL. Je suis en uniforme mitraillette au poing, je me planque, le convoi s'arrête, les boches descendent des camions, certains pour faire leurs besoins. A ce moment là passe une femme d'un certain âge avec un panier, je lui dis, Madame voulez-vous aller à la poste téléphoner pour moi ? ELLE me répond OUI Monsieur, je lui dis, dîtes à la poste de téléphoner à BANNE de la part de CHARLES que les boches arrivent. ELLE rentre à la poste, en ressort un instant après et me fait signe que la commission a bien été faite.monument bataille de banne 1944

Les boches sont toujours là, je rejoins GEORGES et mes hommes qui m'attendent un peu plus haut, nous retournons à BANNE à pied, quand nous arrivons, la bataille est engagée, je vois PONTABRY, nous allons du côté du cimetière pour voir la situation, les boches tirent d'en bas, les balles sifflent à nos oreilles, nous ne voyons rien, nous allons sur la place près du FORT, où nous essayons de voir la situation, "ils" se mettent à tirer au mortier, (je dis à PONTABRY, fais disperser tes hommes, car ils étaient tous en paquet sur la place).

Pendant ce temps, mes gars des 51è et 52è compagnies livrent combat en bas, je dis à GEORGES, je descends sur la ligne de feu rejoindre mes hommes. GEORGES et quelques hommes restent sur place ainsi que PONTABRY, ses hommes à lui vont prendre position sue le flan arrière gauche de la colonne pour protéger BANNE. Donc le 29 JUILLET 1944 à 10 heures du matin, la colonne boche arrive, le blindé s'arrête à hauteur du pont, l'officier boche debout, à la jumelle fouille le bois en face de lui, mes hommes sont bien planqués, l'officier ne voyant rien fait signe de la main à la colonne de reprendre sa marche, 50 mètres plus haut, le poste de gammon détruit le premier blindé…

TAMISIER, un marin a le pied arraché, toutes les armes FM et mitrailleuses tirent, la bataille est engagée. Surpris les boches sautent des camions, certains sans armes, les gradés les renvoient les chercher, belle cible pour mes hommes, un blindé fait la navette le long de la colonne "ils" font un rideau de fumée pour se camoufler, l'aviation fait son apparition, les blindés tirent au canon.

Une fois regroupés "ils" partent à l'assaut de nos positions, le torse nu, hurlant comme des sauvages, nous les repoussons sur leurs positions de départ, "ils" tentent ensuite de nous prendre à revers, mais "ils" tombent sur la section qui tient nos arrières qui les rejette, et alors "ils" se rendent compte de l'impossibilité de nous tourner, la bataille dure jusqu'au soir. Michel BANCILHON envoie des éléments de la Garde en renfort. ILS arrivent à 16 heures et restent sur la route de BANNE à BRAHIC, les boches sont en train de décrocher, "ils" réussissent à se replier sur ALES, malgré les efforts des éléments d'OLLIER DE MARICHARD qui sont en queue de la colonne boche. Après le combat, nous avons récupéré notre voiture à ST-PAUL, les paysans nous l'avaient cachée. (Je me suis toujours demandé comment les boches ne nous avaient pas vu à ST-PAUL-LE-JEUNE.)

Il faut rendre hommage au maire de BANNE, du 29 JUILLET 1944, 3 jours après l'embuscade, les boches sont venus à BANNE par la route qui part de ST-PAUL, le maire s'est présenté à leurs officiers, et aux questions posées, a répondu qu'aucune troupe n'occupait son village, et que pour le 29 JUILLET, sa commune avait été occupée par une troupe bien armée bien disciplinée, mais qu'il en ignorait la provenance.

Les boches par représailles incendièrent la poste et une ou deux maisons. Mais "ils" ne sont pas allés au FORT de BANNE.

En partant "ils" emmenèrent le maire comme otage, qui fut transféré à AVIGNON mis dans un train pour être déporté en Allemagne, pendant un bombardement le maire quoique âgé, a sauté du train, et est revenu dans son village.

Je l'ai vu après la LIBERATION, IL m'a dit que l'officier boche qui commandait la colonne lui avait dit ( j'ai fait la RUSSIE, je n'ai jamais eu autant de pertes, mon bataillon a été saigné à blanc.)

Le maire a inscrit tout cela sur un registre à la mairie de BANNE, et bien d'autres choses encore, mais ce registre a été détruit par des mains criminelles.

La radio de LONDRES a passé sur les ondes la bataille de BANNE.

C'est le commandant ANDRE BOURDIN: dit DINA du RESEAU F2 mon chef, qui a fait parvenir l'information à LONDRES. Dans l'ARDECHE IL était connu sous le nom de RICHARD, le poste de TSF se trouvait au PC de ROCHEMURE.

BANNE 29 JUILLET 1944.

Embuscade montée par les 51è et 52è compagnies.

secteur du Commandant MICHEL BANCILHON: ex BERNARD.

Capitaine GEORGES: ex GEORGES

Lieutenant OLLIER DE MARICHARD: ex PONTABRY, qui commandait les éléments qui attaquèrent la queue de la colonne boche.

Récit du Lieutenant CHARLES ESCUDIER, qui commandait les 51è et 52è compagnies.
Agent P2 des FFC. RESEAU F2 ex CHARLES: ex VIF. Matricule LONDRES 3357.

 

( Le maire de BANNE )

( s'appelait MAES. )

 


deuxième temoignage

Dans la matinée du 29 juillet 1944, le commandement des groupes F.T.P. et M.O.I. a été avisé par la poste de Saint-Paul-le-Jeune, qu'une colonne allemande se dirigeait vers Les Vans. Aussitôt ces groupes, qui comptaient près d'une soixantaine d'hommes, ont été alertés pour prendre position. Le groupe F.T.P. (Francs Tireurs et Partisans) qui logeait dans les maisons inoccupées, au dessous du château, se mit en place sur la colline, entre le château et la route des Vans. Le M.O.I. (Mouvement Ouvrier International), composé de Polonais, d'Espagnols et d'Italiens, qui cantonnait Place de l'Église, en fit autant côté cimetière. Un groupe de l'A.S. (Armée Secrète), qui était venu en renfort depuis quelques jours, prit position au dessus du virage, au bout de la ligne droite qui longe le mur du château des Lèbres. La colonne allemande arrivée peu après stoppa sur la ligne droite. Outre les camions, elle comprenait deux chenillettes et un char d'assaut (Tigre). Des officiers, descendus de leur véhicule, scrutaient à la jumelle le village et les collines. Une fois qu'ils furent remontés dans leur voiture, la colonne s'ébranla pour poursuivre sa route.
Dès que les premiers camions arrivèrent à l'entrée du village, les mitrailleuses de l'A.S. ouvrirent le feu, prenant le convoi en enfilade. C'était le signal de l'attaque. Des partisans du M.O.I., qui se trouvaient en embuscade dans l'enclos du château des Lèbres, lancèrent leurs grenades par dessus le mur, causant de graves dégâts parmi les soldats allemands.
Le moment de surprise passé, ils réagirent vivement. C'était tout de même des soldats aguerris. Ils attaquèrent la montée vers le village. Dans la plaine, face à l'ancienne station des tramways de l'Ardèche, les chenillettes apportaient des caisses de munitions aux combattants. Petit à petit, ils gagnaient du terrain. Dans l'après-midi, il y eut même des accrochages dans le cimetière avec les partisans du M.O.I. Un obus aurait parait-il touché le clocher de l'église.
Nous avions tous ordre de nous replier sur la village de Brahic. En fin de nuit, des camions y sont venus nous chercher pour nous monter à Valgorges.
Nous avons eu à déplorer la mort d'un des nôtres, tué sur la route entre la place de l'Église et la place du Fort. Il était natif de Barjac.

(récit d'un acteur du combat qui désire garder l'anonymat).

 

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